Une actualité chasse l'autre. L'époque est à la course et au zapping...
Et si - justement - nous résistions à ce tourbillon pour prendre ensemble le temps de nous arrêter sur l'essentiel ? C'est l'objectif de ce "blog-notes", le mien, le vôtre. Nous avons tant de choses à penser et à entreprendre ensemble.

- Secrétaire général du groupe socialiste à l'Assemblée nationale
- Conseiller municipal de Champs-sur-Marne
- Conseiller communautaire du SAN du Val Maubuée
- Vice-pdt du Syndicat mIxte Enlèvement et traitement des résidus ménagers

Archive: coup de tonnerre

Les cailloux d’Auschwitz

retour auschwitz

Je savais en me rendant à Auschwitz-Birkenau que ce voyage se graverait dans ma mémoire. Je savais que j’avais rendez-vous avec les abysses de l’Humanité d’où toute lumière s’était retirée, que je visiterai  ces camps où  l’Histoire a sombré, que je foulerai un cimetière sans tombes. Je croyais tout savoir. Et peut-être même que je savais tout. Mais je ne savais pas que savoir n’est pas tout.

Depuis ce 22 octobre, je suis hanté chaque jour par cette journée. Raison pour laquelle je n’ai pas écrit depuis sur ce blog, en dépit d’une actualité politique et parlementaire chargée. Je voulais d’abord raconter ce que j’ai vu. Jusqu’ici sans y parvenir.

Dans cette ville d’Auschwitz qui comprenait 60% de juifs avant-guerre, il n’en restait plus qu’une. Elle vient de disparaître. C’est la première pensée qui vient en pénétrant ce village sans attrait : la mémoire peut disparaitre. On imagine une population polonaise partagée entre la nécessité de garder témoignage de l’horreur nazie et le désir de faire oublier que les fumées noires et âcres qui s’échappaient des crématoires obscurcissaient le ciel sans arracher la compassion et encore moins la résistance des voisins. C’est la seconde pensée qui assaille, il est possible de vivre en regardant passer des trains de femmes, d’enfants, de vieillards, d’hommes condamnés à l’humiliation, la torture et la mort. Il y a quelques années, la polémique enfla autour de la volonté de construire un supermarché en face du camp. Il y a aujourd’hui une grande pizzeria de l’autre côté de la route…

Nous avons franchi ce portail de fer forgé. Relu cette inscription : “Arbeit macht frei” (le travail rend libre). Ironnie glaçante de nazis qui n’hésitaient pas à faire jouer l’orchestre pour accueillir les familles épuisées et inquiètes.

Il faisait un temps magnifique ce 22 octobre. Il ne faisait pas froid. Il n’y avait pas de boue, pas de prisonniers squelettiques en pyjamas rayés, pas de kapos, ni de soldats SS. Juste une caserne qui aligne des bâtiments de briques rouges. Le camp d’Auschwitz I fût en effet d’abord une caserne de l’artillerie polonaise. On est presque gêné par la banalité de l’endroit. Les mots de Hannah Arendt sur la banalité du mal trouvent là un écho particulier. Lieux ordinaires pour hommes ordinaires qui se transforment en bourreaux quotidiens.

Rien n’a été fait dans ce lieu pour impressionner outre mesure le visiteur. Ce n’est peut-être pas utile. Des échantillons d’horreur sont entreposés derrière des vitres : des valises abandonnées marquées du nom de leurs propriétaires, des chaussures d’enfants amassées, des montures de lunettes empilées… J’écris des “échantillons d’horreur” parce que ce sont des dizaines de milliers de prothèses, des dizaines de milliers de poupées de porcelaine, des dizaines de milliers de bagages, des montagnes de cheveux que l’on aurait pu amasser ici pour donner à saisir ce que crime de masse signifie. Il y a accrochée au mur cette carte d’Europe, sinistre, dont Auschwitz est le centre vers lequel pointent des rayons qui ont pour origine les villes de provenance des convois : Riga, Hambourg, Berlin, Bruxelles, Rome, Paris, Drancy, Pithiviers, Lyon…

Vers 16 heures, nous avons atteint Birkenau, le camp d’Auschwitz II. Le soleil se couche. Derrière les barbelés électrifiés, se profile un camp à perte de vue. Des baraques de part et d’autres d’une voie ferrée. Des miradors hauts perchés. Le gigantisme des lieux m’anéantit. Dans un dortoir, un rabbin a entamé une prière. Peut-être le kaddish, la prière des morts. Le soir tombe vite en Pologne. L’humidité monte. La fraîcheur aussi. Les bois sont tous prêts. J’entre dans les bâtiments des femmes. Dehors on entend des chiens aboyer. Une sirène de police hurle au loin. Dans la pénombre, je découvre ces couches superposées où s’entassaient celles qui n’avaient pas été condamnées au gaz dès leur arrivée. Elles devaient survivre à quelques dizaines de mètres des douches et des fours. Je reste une dizaine de minutes, seul dans ce bâtiment. Je suis englouti. Submergé. J’imagine ces filles auxquelles on offrit pour tout écrin à leur jeunesse, ces matelas de planches et ces murs de briques. J’imagine ces mères arrachées à leurs enfants. J’imagine ces coeurs serrés qui, la nuit venue, devaient scruter au travers des quelques ouvertures cet horizon fermé par d’autres baraques et saturé par d’autres douleurs.

Le soleil s’est pratiquement éteint lorsque j’atteins les ruines des chambres à gaz et des krématoriums, dynamités par les nazis avant l’arrivée des alliés. C’est ici que se perpétua l’organisation industrielle du crime. Tout fût pensé et planifié. Moll, le spécialiste de l’élimination des cadavres, alla jusqu’à imaginer un système de combustion à l’intérieur des fosses pour que la graisse humaine ainsi dégagée soit récupérée par des canalisations et vienne alimenter la flamme des fours en se passant de carburant… Des machines à broyer les os furent inventées pour réduire en poudre les restes humains qui n’avaient pas été réduit en cendres.

J’ai beaucoup hésité à écrire sur ce voyage. Devant tant de misère, je ne me sentais pas légitime à décrire l’indescriptible et l’insondable souffrance. Complexe du témoin qui se désole en se prenant pour un voyeur. Mais je sais aussi que ce sentiment doit s’effacer devant la nécessité de témoigner. Les nazis avaient décidé de retirer aux juif jusqu’au statut d’êtres humains. Ils ne voulaient pas seulement les exterminer, mais effacer jusqu’à leur passage et interdire le deuil et le souvenir.

J’ai fait de nombreuses photos. En les regardant, je les ai trouvées souvent trop esthétiques. Il y a une esthétique de l’horreur. Pour illustrer ce billet je me suis interrogé sur celle que je choisirais. J’ai préféré ce portrait parce qu’il évite tous les “clichés” avec miradors et barbelés. Cet homme s’appelle Elie Buzyn. C’est un des rescapés d’Auschwitz. Au premier plan, c’est sa femme qui parle. C’est la première fois qu’elle l’accompagnait sur les traces de son passé tragique. Au moment où je prends cette photo, elle raconte comment Elie sauva l’un de ses camarades d’une mort certaine en lui offrant sa ceinture (un pantalon qui tombe et c’est la mort), ne conservant pour lui-même qu’une ficelle… Elie a décidé de vivre le plus longtemps possible pour pouvoir emmener pour leurs 15 ans, tous ses petits enfants.

J’ai remonté dans la nuit noire le chemin de fer de Birkenau, éclairé par les projecteurs le long des chemins de ronde. Sur le ballast qui supporte les rails, j’ai prélevé trois petits cailloux. Un caillou pour chacun de mes enfants.

Trois cailloux comme ces cailloux que l’on dépose sur les tombes juives, symboles de la mémoire et de la permanence du souvenir. Dans l’antiquité, les pierres que chaque passant déposait, protégeaient aussi les corps des défunts des charognards.

Trois cailloux pour qu’ils se souviennent.

Trois cailloux pour que ce cri rapporté par Primo Levi, de cet homme qui fût pendu quelques heures avant la libération du camp, soit exaucé : “Kameraden, ich bin der letze !” (Camarades, je suis le dernier !)

Un parfum d’indécence

versailles

Brutalement le masque a lâché. Pendant deux ans, il avait fallu comprimer, contenir, entretenir une image. Et puis la digue a été emportée.

Il y a eu les « plaisanteries » douteuses de Brice Hortefeux sur le « profil type » de l’auvergnat. Certes, il n’y avait pas eu « mort d’homme », mais ce fût la révélation d’un racisme ordinaire et franchouillard, celui qui nourrit les discriminations et les brimades quotidiennes de tant de nos concitoyens issus de l’immigration.

Il y a eu ce procès Clearstream, concours de manipulations et de coups tordus entre deux fauves qui n’ont d’autre rêve que de se battre au dernier sang. Ce fût la révélation d’un président, garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, trop obnubilé par sa haine pour s’imposer une distinction entre prévenus et coupables.

Il y a eu ces hallucinantes déclarations de Frédéric Mitterrand sur « l’Amérique qu’on aime » et celle « qu’on aime pas », c’est-à-dire celle qui ose poursuivre Roman Polanski pour viol sur mineure de 13 ans. Ce fût la révélation d’un état d’esprit, celui de « demi-dieux » qui croient pouvoir épargner à leurs amis la justice des hommes.

Il y a eu ces Unes de la presse répétées sur Eric Besson qui a fait de la transgression et de la trahison sa marque personnelle. Ce fût grâce à son ex femme la révélation de la psychologie fragile et torturée d’un ministre d’ouverture.

Il y a eu cette “jungle” que l’on vide à Calais et ces avions qu’on remplit pour l’Afghanistan, renvoyant vers la guerre, le fanatisme, la violence et peut-être la mort des familles qui avaient fui leur pays. Ce fût la révélation de la force brutale d’un gouvernement qui tourne le dos à la vocation de la France, terre d’asile et protectrice des droits de l’Homme.

Il y a eu ce discret cadeau de la libéralisation des jeux en lignes au mépris des risques d’addiction, de corruption et de blanchiment de l’argent sale. Ce fût la révélation de l’actualité d’un pacte non écrit mais jamais dénoncé, qui lie celles et ceux qui la nuit de la victoire du 6 mai 2007, furent les invités du nouveau président au Fouquet’s.

Il y a eu cette commission des Finances au cours de laquelle le directeur de cabinet du président avoua que l’Elysée verse 43500 euros mensuels à Pierre Giacometti pour des conseils sur l’opinion. Ce fût la révélation du prix qu’accorde le président non aux Français, mais à ceux qui font profession de les endormir.

Il y a eu ce scandaleux jeu de chaises musicales pour permettre au fils du président de devenir à 23 ans président du modeste établissement public qui a la gestion du plus grand quartier d’affaires d’Europe. Ce fût la révélation d’une présidence qui se rêve en monarchie héréditaire.

Il y a eu ce redécoupage des circonscriptions législatives pour compliquer l’alternance puisqu’il faudra désormais que la gauche fasse 51,4% pour être majoritaire en sièges à l’assemblée quand il n’en faudra que 48,6 à la droite pour diriger le pays. Ce fût la révélation d’un pouvoir qui ose tout, jusqu’à fausser les règles de la démocratie.

Il y a surtout eu cette averse de taxes sur les ménages, les malades et les accidentés du travail tandis que le parapluie fiscal continuait de protéger ceux qui vivent déjà à l’abri de leur fortune. Cette fois ce ne fût pas une révélation, mais la confirmation d’une politique.

Cela s’est passé entre le 15 septembre et le 15 octobre. Cela s’est passé en France. Il flottait comme un parfum d’indécence.

La nuit du Fouquet’s (Tome 2)

lanuitdufouquets

Pour le président, tout a commencé cette nuit-là. Celle du 6 mai 2007. Celle de sa victoire, de sa consécration, de son apothéose. Pour cet homme qui n’avait jamais fait mystère de ses ambitions, ce fût la nuit d’un rêve éveillé, celui de sa vie. Pour partager son ivresse, le président avait fait réserver le Fouquet’s. Ainsi le grand restaurant du 99 avenue des Champs Elysées accueillit, au coeur du triangle bling bling parisien, les amis du nouveau souverain. Les vrais. Ceux qui comptent. Pas ceux qui, massés à la Concorde, attendaient “leur” président en chantant à tue-tête les refrains entonnés par Enrico macias, Mireille Mathieu et Jane Manson.

Ce soir-là le Ghota de la finance, de la presse, du CAC 40 fêtait Nicolas et Cécilia. Vincent Bolloré offrit au nouveau couple présidentiel l’hospitalité et le confort de son yacht “le Paloma” pendant que Rachida Dati passait de groupe en groupe en servant son sourire étincellant.

Cette nuit-là, le président ne l’a jamais oubliée. Comment le pourrait-il?

Le 7 octobre, à bien des égards sera la seconde nuit du Fouquet’s. A 21h30,  l’Assemblée Nationale débattra en effet d’un projet emblématique d’une politique et d’une pratique du pouvoir qui confinent au népotisme. On y discutera d’un projet de loi d’un genre nouveau : un projet que rien ne justifie. Un projet sans cause officielle. Je veux parler du projet de libéralisation des jeux en ligne (aujourd’hui les jeux sont un monopole d’Etat).

Y aurait-il une obligation qui nous viendrait d’un traité européen signé par mégarde?
La réponse est non. Le gouvernement prétextait une contrainte communautaire, mais depuis le 8 septembre dernier, nous savons qu’il n’en est rien. La Cour européenne de justice a en effet justifié l’interdiction faite par le Portugal à la société autrichienne Bwin de proposer des jeux de hasard sur Internet dans ce pays.

Y aurait-il un problème de gestion du monopole de la Française des jeux ?
Pas davantage. Jusqu’ici la Française des jeux exerce un monopole au nom de l’ordre public et de l’intérêt général. L’ensemble de ses recettes font l’objet d’une fiscalité propre. Pour parler clair, la Française des Jeux distribue ses bénéfices entre les gagnants (61%) et l’Etat (28%), le solde restant à la Française des jeux.
Alors comment comprendre que le président de la République organise la concurrence, et donc la perte de bénéfices pour la Française au moment où il explique que « les caisses sont vides » ?
Comment expliquer que cet argent est superflu alors que le gouvernement s’apprête à faire les poches des accidentés du travail ou à taxer les indemnités de départ des préretraités volontaires ? Aujourd’hui la Française verse par exemple 126 millions à la sécurité sociale. Comment ne pas rapprocher cette somme des 150 millions attendus de la taxe sur les accidentés du travail ?

Si aucune raison officielle n’existe, c’est sans doute parce qu’il faut la rechercher ailleurs. La réponse elle est à rechercher dans le petit livre écrit par Ariane Chemin et Judith Perrignon au lendemain de la soirée du 6 mai 2007 : « La nuit du Fouquet’s ». Aujourd’hui, ils ont la confirmation de l’amitié et de la générosité du Président. Alors que le pays traverse une crise sans précédent, le premier projet de loi important de la session ordinaire a pour objet d’ouvrir à quelques grands patrons un marché exponentiel, celui des jeux en ligne !

Qui sont en effet celles et ceux qui pressent le Parlement de légiférer sur ce sujet ? Stephane Courbit, Alain Minc, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère, Vincent Bolloré, Arthur, Patrick Le Lay, Martin Bouygues, Dominique Desseigne et François Pinault… Leur point commun : être des amis proches du pouvoir et d’avoir tous été présents la « nuit du Fouquet’s ». Casinotiers, financiers, patrons de presse, producteurs, ils sont tous là ; prêts à conquérir un nouveau marché. Demain on autorisera la publicité à la télévision, à la radio, et il sera possible de lancer des paris sur le score final, l’auteur du premier but, le nombre de cartons jaunes… Il suffira aux spectateurs internautes d’un click, puis d’un autre, suivi de nombreux autres pour d’abord espérer gagner, puis espérer se refaire, et enfin maudire la défaite.

A ce jeu, ils seront juste quelques-uns à ne jamais perdre. N’oubliez pas leurs noms. A eux rien n’est jamais refusé. Ni la fortune ni les honneurs. Tout leur est dû. Ce sont les amis du Président.

Après l’amendement Lefebvre, l’amendement Copé !

hostau

On se souvient de l’amendement Lefebvre du 22 mai dernier qui introduisait la possibilité pour une femme enceinte, un malade ou un accidenté de continuer son activité par télétravail…

Jean-François Copé franchit un nouveau palier pas dans le cynisme. Sortant d’une rencontre à Bercy avec le ministre Eric Woerth, le président du groupe UMP  vient de déclarer que la “coproduction législative” lui avait permis d’obtenir la fiscalisation des indemités journalières versées par la sécurité sociale aux salariés victimes d’accident du travail !

Je n’invente rien. la dépêche AFP que je viens de découvrir date de 19h36.

Je n’en reviens pas. L’UMP vient d’inventer la triple peine. Il y a d’abord le traumatisme lié à l’accident, la diminution physique, la souffrance psychologique et morale. Il y a ensuite la diminution des revenus car les accidentés sont indemnisés avec un plafond fixé à 80% du salaire journalier de base.  Et voilà maintenant que sur ces indemnités, il est prévu de faire payer des impôts “dès 2010″…

Cela n’a rien de choquant. Et cela rapportera environ 150 millions d’Euros” ose le maire de Meaux. 150 millions d’Euros que l’on va prendre dans la poche des accidentés du travail. Dans le même temps Qu’apprend-on? que les promesses de “rabotage” des niches fiscales ont reportées au calendes grecques. Les niches fiscales, c’est juste le moyen pour les plus fortunés de ne pas payer d’impôts en réalisant les bons investissements. Les niches fiscales c’est juste 70 milliards d’euros par an.

Ce soir la colère le dispute à l’écoeurement.

D’un tremblement de terre à l’autre

poupees-anciennes

La dernière fois c’était en 1929. Un monde heureux basculait dans une crise qui ouvrit alors les portes au pire. Depuis il y a eu des répliques à ce séisme mondial, mais rien de comparable. Les spasmes étaient localisés.

En 2008, la terre a de nouveau tremblé. Toute entière. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Cette fois encore le désastre a pour épicentre le pays des subprimes, des titres pourris, des fonds spéculatifs, des produits financiers “toxiques”…

Il faudrait être désormais fous pour ne pas chercher à tirer les leçons de l’Histoire. C’est ce que nous nous sommes employés à faire hier soir avec Pierre Alain Muet, député du Rhône, ancien président du Conseil d’Analyse Economique qui nous faisait l’amitié de venir à Champs.

Comme en 1929 la crise a deux causes. La première est évidente. Un château de cartes financier qui repose sur la dernière…

Faut-il rappeler l’insensé jeu de dominos de ces dernières années?

1. des ménages américains peu solvables 2. mais que l’on pousse à consommer 3. au moyen de crédits subprimes à taux variables indexés sur le taux directeur de la FED 4. Ces prêts sont hypothéqués pour compenser une éventuelle insolvabilité par la vente des maisons 5. Quand la FED a relevé ses taux pour corriger l’inflation, les intérêts des crédits subprimes se sont en conséquence envolés 6. Les acheteurs les plus modestes ont revendu 7. Ils ont ainsi contribué à l’effondrement des prix de l’immobilier dont la valeur est passée en dessous de la valeur des crédits… 8. Ces défaillances en chaîne ont fini par peser sur les revenus des organismes prêteurs, mais pas uniquement sur eux, car ces créances avaient été converties en titres, vendus à des fonds d’investissements et à des banques 9. la diffusion a été large et  la “titrisation était devenue un sport national 10. le nombre d’investisseurs touchés, loin de diluer le risque l’a amplifié et a permis la contagion à l’ensemble de la planète…

La deuxième cause identifiée, c’est la pression constante sur les salaires. Comme en 1929, la crise a été précédée par une formidable explosion des inégalités. les écarts de revenus sont passés d’un rapport de un à trente à un rapport de un à trois cent. Sans justification. Et pendant ce temps la consommation des ménages modestes s’est financée par leur endettement exponentiel. Cherchez l’erreur.

En 1929, la solution est venue pour une large part des Etats-Unis et par la politique mise en oeuvre d’un “new deal” proposé à partir de 33 par Franklin Delano Roosevelt : séparation des banques d’affaires des banques de dépôts, installation de “l’Etat providence“, correction des inégalités par une politique fiscale que la droite française qualifierait de confiscatoire et punitive aujourd’hui (1).

En 2009, la solution semble encore dépendre d’un président américain charismatique, Barack Obama. La réunion du G20 la semaine dernière, loin de suffire, a toutefois jeté les bases d’une coopération nécessaire. La convocation d’un nouveau rendez-vous en septembre donne l’espoir de nouvelles avancées en matière de relance ou de régulations.

Le plus grand regret que nous puissions formuler? Que de Roosevelt à Obama, l’Europe n’ait pas trouvé la force de faire émerger d’elle même un modèle et une vision. Comme si nos douze étoiles n’avaient toujours pas l’éclat de celles qui ornent la bannière étasunienne.

________________

(1) Roosevelt a fait grimper le taux marginal de l’impôt de 25 à 63% en 1933. Puis à 63% et enfin à 91% en 1941.  Le taux marginal s’est ensuite stabilisé pendant cinquante ans autour de 80% ! Dommage que Nicolas Sarkozy ne s’inspire que des USA de Bush et Reagan et pas des USA de Roosevelt…

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