Pourquoi une mission parlementaire s’impose sur la gestion du virus H1N1

La grippe H1 N1 n’est pas la pandémie meurtrière crainte notamment par l’Organisation Mondiale de la Santé. Tant mieux. Le gouvernement a anticipé une crise qui n’est pas venue. Tant mieux. Il est préférable de gérer l’excès de précaution à l’impréparation et l’improvisation. Pas faux. Doit-on pour autant exonérer le pouvoir exécutif de toute critique dans sa gestion de la période? Pas davantage.
Si nul ne peut contester l’imprévisibilité du virus, il subsiste des doutes très sérieux sur les choix opérés par les pouvoir publics. La France a en effet adopté une stratégie vaccinale unique en Europe et dans le monde. Le gouvernement avait prévu de faire vacciner 100% de la population, ce qui l’a conduit à acheter et mobiliser 10% de la commande mondiale ! (30% pour les anglais à titre d’exemple. En effet, la contagion diminue à mesure que les barrières sont posées : gestes de prévention, vaccinés, personnes qui ont été en contact avec le virus et se sont auto-immunisé…)
Sans être épidémiologiste, ni scientifique, il est impossible que la ministre de la santé ne se soit livrée à un calcul simple : en combien de temps est-il possible de vacciner 60 millions de Français ? C’est là que les interrogations se multiplient. Depuis l’origine, il n’a jamais été sérieusement envisageable d’écouler les 94 millions de doses achetées. Au rythme intensif de 2 millions de vaccinations par semaine, il en aurait fallu 30, soit six mois. Le pic de contagion était prévu pour le mois de novembre. Les vaccins pas livrables avant début novembre… A l’époque de la prise de décision, ce calcul était basé – circonstance aggravante – sur la probable nécessité de procéder à une double injection, ce qui rendait encore plus évidente l’impossibilité d’immuniser les Français dans des délais utiles.
Où en sommes-nous aujourd’hui? seules cinq millions de personnes ont eu recours à la vaccination en plus de deux mois. Nous sommes le pays qui a commandé le plus de vaccins et le moins vacciné. En décembre 90% de la population n’était pas vaccinée et sur ces 90%, 78% déclaraient ne pas souhaiter le faire. Pour tenter de désamorcer une critique sur les coûts, Roselyne Bachelot a entrepris de solder nos stocks massifs (10% des vaccins, 33% du Tamiflu mondial, des tonnes de masques…). Comme l’a souligné Bernard Debré, cette campagne absurde a représenté plus que le déficit cumulé de tous les hôpitaux français !
Comment et pourquoi en est-on arrivés là?
- La pression de l’opinion? jamais les Français n’ont cédé à la moindre panique. Au contraire.
- La hantise d’une “canicule bis“? Sans doute, y a-t-il là une part d’explication, mais elle ne peut justifier une commande publique démente.
- La pression de l’industrie pharmaceutique qui ont pu trouver une oreille attentive avec une ministre qui en fût longtemps salariée? Le soupçon mérite d’être levé.
- Volonté du gouvernement d’instrumentaliser une pandémie en se donnant le beau rôle? C’est bien l’explication minimale à des décisions qui apparaissent irrationnelles.
Il est urgent que le Parlement accède à la demande de l’opposition d’une mission parlementaire pour sortir de cette zone d’ombre qui ruine une fois encore la parole publique et mine la confiance indispensable en matière de santé publique.














