Une actualité chasse l'autre. L'époque est à la course et au zapping...
Et si - justement - nous résistions à ce tourbillon pour prendre ensemble le temps de nous arrêter sur l'essentiel ? C'est l'objectif de ce "blog-notes", le mien, le vôtre. Nous avons tant de choses à penser et à entreprendre ensemble.

- Secrétaire général du groupe socialiste à l'Assemblée nationale
- Conseiller municipal de Champs-sur-Marne
- Conseiller communautaire du SAN du Val Maubuée
- Vice-pdt du Syndicat mIxte Enlèvement et traitement des résidus ménagers

Archive: Coup de sonnette

Pourquoi une mission parlementaire s’impose sur la gestion du virus H1N1

H1N1

La grippe H1 N1 n’est pas la pandémie meurtrière crainte notamment par l’Organisation Mondiale de la Santé. Tant mieux. Le gouvernement a anticipé une crise qui n’est pas venue. Tant mieux. Il est préférable de gérer l’excès de précaution à l’impréparation et l’improvisation. Pas faux. Doit-on pour autant exonérer le pouvoir exécutif de toute critique dans sa gestion de la période? Pas davantage.

Si nul ne peut contester l’imprévisibilité du virus, il subsiste des doutes très sérieux sur les choix opérés par les pouvoir publics. La France a en effet adopté une stratégie vaccinale unique en Europe et dans le monde. Le gouvernement avait prévu de faire vacciner 100% de la population, ce qui l’a conduit à acheter et mobiliser 10% de la commande mondiale ! (30% pour les anglais à titre d’exemple. En effet, la contagion diminue à mesure que les barrières sont posées : gestes de prévention, vaccinés, personnes qui ont été en contact avec le virus et se sont auto-immunisé…)

Sans être épidémiologiste, ni scientifique, il est impossible que la ministre de la santé ne se soit livrée à un calcul simple : en combien de temps est-il possible de vacciner 60 millions de Français ? C’est là que les interrogations se multiplient. Depuis l’origine, il n’a jamais été sérieusement envisageable d’écouler les 94 millions de doses achetées. Au rythme intensif de 2 millions de vaccinations par semaine, il en aurait fallu 30, soit six mois. Le pic de contagion était prévu pour le mois de novembre. Les vaccins pas livrables avant début novembre… A l’époque de la prise de décision, ce calcul était basé – circonstance aggravante – sur la probable nécessité de procéder à une double injection, ce qui rendait encore plus évidente l’impossibilité d’immuniser les Français dans des délais utiles.

Où en sommes-nous aujourd’hui? seules cinq millions de personnes ont eu recours à la vaccination en plus de deux mois. Nous sommes le pays qui a commandé le plus de vaccins et le moins vacciné. En décembre 90% de la population n’était pas vaccinée et sur ces 90%, 78% déclaraient ne pas souhaiter le faire. Pour tenter de désamorcer une critique sur les coûts, Roselyne Bachelot a entrepris de solder nos stocks massifs (10% des vaccins, 33% du Tamiflu mondial, des tonnes de masques…). Comme l’a souligné Bernard Debré, cette campagne absurde a représenté plus que le déficit cumulé de tous les hôpitaux français !

Comment et pourquoi en est-on arrivés là?

  • La pression de l’opinion? jamais les Français n’ont cédé à la moindre panique. Au contraire.
  • La hantise d’une “canicule bis“? Sans doute, y a-t-il là une part d’explication, mais elle ne peut justifier une commande publique démente.
  • La pression de l’industrie pharmaceutique qui ont pu trouver une oreille attentive avec une ministre qui en fût longtemps salariée? Le soupçon mérite d’être levé.
  • Volonté du gouvernement d’instrumentaliser une pandémie en se donnant le beau rôle? C’est bien l’explication minimale à des décisions qui apparaissent irrationnelles.

Il est urgent que le Parlement accède à la demande de l’opposition d’une mission parlementaire pour sortir de cette zone d’ombre qui ruine une fois encore la parole publique et mine la confiance indispensable en matière de santé publique.

Et si Noël commençait le 22 décembre?

opéra Garnier

L’Assemblée Nationale a interrompu ce soir ses travaux pour quelques jours. Le temps des fêtes.

Le dernier texte discuté en séance aura été le collectif budgétaire (1). Derrière l’aridité de la technique, il y a toujours de belles histoires qui se nouent. L’exercice 2009 n’échappe pas à la règle. Celle-ci ne vous sera sans doute jamais racontée. Les journalistes parlementaires ont eux aussi plié bagages, avec un objectif, fuir loin des montagnes d’amendements, de sous-amendements, loin des articles, adoptés, rejetés, ceux soumis à seconde délibération… Ils sont remplacés pendant la trêve hivernale par quelques permanenciers et pigistes chargés de nous faire rêver avec des articles dont la légèreté subliminale doit nous évoquer celle des bulles de champagne. Il n’est pas décent d’ennuyer lecteurs, auditeurs et spectateurs avec d’ennuyeuses histoires fiscale alors que la France s’apprête à réveillonner.

Tant pis. J’abuse. Je vous la raconte quand même. C’est un joli conte de Noël que je vous invite à découvrir. Aux belles tables, celles des grandes familles et des grandes fortunes, cette histoire ravira. C’est une histoire qui avait si mal commencé. Une histoire de parlementaires de droite dont la mauvaise conscience avait été habilement réveillée puis harcelée par d’abominables socialistes, eux-mêmes hantés par le “front de classe“. C’est ainsi qu’ils en vinrent – ces esprits fragiles à l’UMP – à douter d’eux-mêmes et à suivre la gauche sur sa pente égalitariste. De quoi s’agissait-il? de redéfinir les revenus à prendre en compte pour calculer l’assiette du bouclier fiscal. Vous, lecteurs indulgents avec le pouvoir, pensez que tous les revenus sont comptabilisés, simple affaire de bon sens fiscal. Et bien, il n’en est rien ! Les dividendes ne comptent que pour 60%. Les 40% restant, c’est comme si il n’existaient pas. En clair, sur 100 euros de revenus tirés de vos actions, le bouclier fiscal est calculé sur une base de 60 euros. C’est-à-dire que vous ne pouvez être prélevé de plus de 30 euros (50% de 60 et non de 100).

Le scandale est tel que la majorité parlementaire s’est laissée convaincre par l’opposition. Sans revenir sur le bouclier fiscal, elle a accepté que tous les revenus soient pris en considération, simple application du principe d’égalité de tous les citoyens devant l’impôt. Un amendement fût donc adopté en loi de finances, la semaine dernière, pour corriger cette incongruité.

C’était sans compter sur la vigilance gouvernementale. Cinq jours plus tard, cinq jours seulement après le vote de la loi de Finances, un amendement du ministère du budget a été présenté en collectif budgétaire, puis adopté par l’UMP pour faire machine arrière. Argument invoqué “la brutalité” de l’amendement voté en loi de Finances… Je n’invente absolument rien. Pour ce gouvernement, la “brutalité” c’est de vouloir soumettre les plus riches à la règle commune. “la brutalité” c’est d’envisager qu’ils soient juste protégés par le bouclier fiscal et pas par une armure fiscale supplémentaire… Je ne commenterai pas davantage, je laisse à chacun le soin d’imaginer toutes les situations où il eût été possible de reconnaître la brutalité de la vie comme celle de l’Etat. Je laisse chacun juge de la décence des propos et de la mesure.

Cela s’est passé juste avant l’heure du dîner. C’était le dernier acte législatif de l’année. La dernière pensée de la majorité avant les fêtes. La dernière occasion de faire plaisir à ceux qu’elle aime.  Pour les nantis, les rentiers, les spéculateurs, la distribution des cadeaux de Noël a commencé le 22 décembre.

_________________

(1) Il s’agit d’une loi de finances rectificative, qui vient corriger la loi de Finances initiale, en prenant notamment la mesure des recettes effectivement encaissées et en déterminant le nouvel équilibre budgétaire qui en découle.

l’hyper dilemme

assemblée

Demain le président de l’Assemblée devra se prononcer en dernier ressort sur la recevabilité de la commission d’enquête demandée par les députés socialistes sur les sondages de l’Elysée.

Depuis le 23 juillet 2009, date du dépôt de la résolution tendant à la création de cette commission, le Chef de l’Etat au travers de l’intervention de la Garde des Sceaux et de ses relais à l’Assemblée nationale a tout tenté pour retarder, dissuader, empêcher le débat en séance publique.

Cet acharnement est d’autant plus étonnant qu’il contredit le discours du 12 juillet 2007. A l’époque le Chef de l’Etat appelait à l’avènement d’une « démocratie irréprochable » passant par une « transparence » totale du budget de l’Elysée et de la présidence de la République.

La course d’obstacles procéduraux est elle d’autant plus incompréhensible, que le droit de l’opposition à disposer d’une commission d’enquête par an était présenté comme la principale innovation de la réforme constitutionnelle de juillet 2008.

La décision que prendra le président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer jeudi 26 novembre, est une décision particulièrement importante :
-    Elle créera une jurisprudence qui conditionnera la crédibilité du « statut de l’opposition ». Sa décision sera lue à l’aune de ses propres déclarations. Comme il l’a lui même rappelé, le nouveau règlement de l’Assemblée offre un droit « quasi-automatique » sauf « opposition des trois cinquièmes de l’assemblée ».
-    Elle permettra de vérifier la nature du nouvel équilibre des pouvoirs né au lendemain d’une réforme constitutionnelle qui devait faciliter l’émergence d’un « hyper parlement » face à un « hyper-président ».

Que le Président de l’Assemblée valide la recevabilité de la résolution, et l’Assemblée toute entière en sortira renforcée.

Que le président Accoyer cède au contraire aux pressions exercées sur lui et nous vivrons alors un étrange paradoxe : alors que la presse nous accable de nouvelles révélations chaque semaine, seule la représentation nationale serait interdite d’enquêter sur des manipulations contraires à l’esprit démocratique, fondement de notre identité nationale.

La nuit du Fouquet’s (Tome 2)

lanuitdufouquets

Pour le président, tout a commencé cette nuit-là. Celle du 6 mai 2007. Celle de sa victoire, de sa consécration, de son apothéose. Pour cet homme qui n’avait jamais fait mystère de ses ambitions, ce fût la nuit d’un rêve éveillé, celui de sa vie. Pour partager son ivresse, le président avait fait réserver le Fouquet’s. Ainsi le grand restaurant du 99 avenue des Champs Elysées accueillit, au coeur du triangle bling bling parisien, les amis du nouveau souverain. Les vrais. Ceux qui comptent. Pas ceux qui, massés à la Concorde, attendaient “leur” président en chantant à tue-tête les refrains entonnés par Enrico macias, Mireille Mathieu et Jane Manson.

Ce soir-là le Ghota de la finance, de la presse, du CAC 40 fêtait Nicolas et Cécilia. Vincent Bolloré offrit au nouveau couple présidentiel l’hospitalité et le confort de son yacht “le Paloma” pendant que Rachida Dati passait de groupe en groupe en servant son sourire étincellant.

Cette nuit-là, le président ne l’a jamais oubliée. Comment le pourrait-il?

Le 7 octobre, à bien des égards sera la seconde nuit du Fouquet’s. A 21h30,  l’Assemblée Nationale débattra en effet d’un projet emblématique d’une politique et d’une pratique du pouvoir qui confinent au népotisme. On y discutera d’un projet de loi d’un genre nouveau : un projet que rien ne justifie. Un projet sans cause officielle. Je veux parler du projet de libéralisation des jeux en ligne (aujourd’hui les jeux sont un monopole d’Etat).

Y aurait-il une obligation qui nous viendrait d’un traité européen signé par mégarde?
La réponse est non. Le gouvernement prétextait une contrainte communautaire, mais depuis le 8 septembre dernier, nous savons qu’il n’en est rien. La Cour européenne de justice a en effet justifié l’interdiction faite par le Portugal à la société autrichienne Bwin de proposer des jeux de hasard sur Internet dans ce pays.

Y aurait-il un problème de gestion du monopole de la Française des jeux ?
Pas davantage. Jusqu’ici la Française des jeux exerce un monopole au nom de l’ordre public et de l’intérêt général. L’ensemble de ses recettes font l’objet d’une fiscalité propre. Pour parler clair, la Française des Jeux distribue ses bénéfices entre les gagnants (61%) et l’Etat (28%), le solde restant à la Française des jeux.
Alors comment comprendre que le président de la République organise la concurrence, et donc la perte de bénéfices pour la Française au moment où il explique que « les caisses sont vides » ?
Comment expliquer que cet argent est superflu alors que le gouvernement s’apprête à faire les poches des accidentés du travail ou à taxer les indemnités de départ des préretraités volontaires ? Aujourd’hui la Française verse par exemple 126 millions à la sécurité sociale. Comment ne pas rapprocher cette somme des 150 millions attendus de la taxe sur les accidentés du travail ?

Si aucune raison officielle n’existe, c’est sans doute parce qu’il faut la rechercher ailleurs. La réponse elle est à rechercher dans le petit livre écrit par Ariane Chemin et Judith Perrignon au lendemain de la soirée du 6 mai 2007 : « La nuit du Fouquet’s ». Aujourd’hui, ils ont la confirmation de l’amitié et de la générosité du Président. Alors que le pays traverse une crise sans précédent, le premier projet de loi important de la session ordinaire a pour objet d’ouvrir à quelques grands patrons un marché exponentiel, celui des jeux en ligne !

Qui sont en effet celles et ceux qui pressent le Parlement de légiférer sur ce sujet ? Stephane Courbit, Alain Minc, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère, Vincent Bolloré, Arthur, Patrick Le Lay, Martin Bouygues, Dominique Desseigne et François Pinault… Leur point commun : être des amis proches du pouvoir et d’avoir tous été présents la « nuit du Fouquet’s ». Casinotiers, financiers, patrons de presse, producteurs, ils sont tous là ; prêts à conquérir un nouveau marché. Demain on autorisera la publicité à la télévision, à la radio, et il sera possible de lancer des paris sur le score final, l’auteur du premier but, le nombre de cartons jaunes… Il suffira aux spectateurs internautes d’un click, puis d’un autre, suivi de nombreux autres pour d’abord espérer gagner, puis espérer se refaire, et enfin maudire la défaite.

A ce jeu, ils seront juste quelques-uns à ne jamais perdre. N’oubliez pas leurs noms. A eux rien n’est jamais refusé. Ni la fortune ni les honneurs. Tout leur est dû. Ce sont les amis du Président.

6 anomalies dans la procédure Tapie

Bayrou

C’était vendredi matin. 7, rue de Jouy dans le Marais à Paris. Dans cet hôtel particulier qui abrite la justice administrative se tenait une audience particulière. Le tribunal examinait trois recours en excès de pouvoir contre les décisions de recourir à l’arbitrage dans le litige opposant Bernard tapie au Crédit Lyonnais et à la décision prise par le gouvernement de ne pas contester la sentence arbitrale rendue le 7 juillet 2007.

Les recours déposés sont ceux d’une part de Jean-Marc Ayrault et du groupe socialiste, François Bayrou et Charles de Courson d’autre part, et enfin de deux contribuables. L’écume médiatique est retombée et il n’y avait plus que Laurent mauduit de Mediapart (en photo pendant qu’il interviewe F. Bayrou à la sortie) pour suivre la procédure engagée.

Ce silence est d’autant plus incompréhensible que les mystères qui entourent la décision du gouvernement dans cette affaire sont toujours aussi nombreux.

De quoi s’agit-il? Chacun conserve en mémoire l’affaire Adidas. Elle a donné lieu à une procédure judiciaire classique . Cette dernière  a été interrompue par la décision du gouvernement de recourir à une procédure d’arbitrage qui s’y substitue. Trois personnalités ont été choisies et rémunérées par les parties (100 000€) pour chercher  une issue au contentieux. Le recours à cette justice dérogatoire est fréquent dans le monde des affaires internationales, aucun contractant ne prévoyant de se soumettre au droit national de l’autre. En l’espèce, rien de tel.

Sans entrer dans les détails, il est également permis de se demander si l’Etat à travers le CDR (structure ad hoc de défaisance chargée de gérer le passif duCrédit Lyonnais après la quasi-faillite de la banque en 1993.) pouvait  se soumettre à une telle procédure, les collectivités publiques ne pouvant pas “compromettre”. Le CDR étant placé sous la tutelle de l’EPFR, établissement public administratif national lui même placé sous la conduite de la ministre de l’Economie, il est plus que permis d’en douter.

L’arbitrage est une procédure confidentielle et c’est là le troisième élément d’interrogation. Quand l’argent public est engagé, il n’est pas opportun de choisir la voie la plus opaque pour le réglement du litige.

Le quatrième élément de “curiosité” est lié à la décision prise par les arbitres. Alors que la cour d’appel avait évalué le préjudice des époux Tapie à 135 millions d’euros, les arbitres ont doublé la mise (1) ! dont 45 millions d’euros de préjudice moral (2) alors que la cour d’appel l’avait placé à 1 Franc !

La décision d’arbitrage connue, c’est la cinquième anomalie, le gouvernement aurait pu exercer un recours contre la décision prise. Il ne l’a pas fait alors que deux juristes sur les quatre consultés par le cabinet de Christine Lagarde l’estimaient fondé en droit.

Pire, c’est la sixième extravagance, le gouvernement a profité de la torpeur de l’été 2007 pour rendre ce recours impossible. Alors que le CDR (qui prend ses ordres à Bercy) avait jusqu’au 15 août pour former un recours en annulation, la décision d’y renoncer a été prise le 28 juillet. La sentence arbitrale du 7 juillet 2007 a par ailleurs reçu l’exequatur le 12 (un samedi, en plein WE du 14 juillet !)

Le dernier recours est maintenant celui que nous avons formé devant le tribunal administratif. Délibéré le 9 octobre prochain.

_____________

(1) 300 millions c’est par exemple l’équivalent de deux ans de taxe Copé sur les accidentés du travail…

(2) A rapprocher des 30 000€  que la justice accorde au mieux pour la mort d’un enfant. Le préjudice moral des époux Tapie était-il vraiment 1500 fois supérieur à celui que connaissent les parents d’un enfant mort?

Après l’amendement Lefebvre, l’amendement Copé !

hostau

On se souvient de l’amendement Lefebvre du 22 mai dernier qui introduisait la possibilité pour une femme enceinte, un malade ou un accidenté de continuer son activité par télétravail…

Jean-François Copé franchit un nouveau palier pas dans le cynisme. Sortant d’une rencontre à Bercy avec le ministre Eric Woerth, le président du groupe UMP  vient de déclarer que la “coproduction législative” lui avait permis d’obtenir la fiscalisation des indemités journalières versées par la sécurité sociale aux salariés victimes d’accident du travail !

Je n’invente rien. la dépêche AFP que je viens de découvrir date de 19h36.

Je n’en reviens pas. L’UMP vient d’inventer la triple peine. Il y a d’abord le traumatisme lié à l’accident, la diminution physique, la souffrance psychologique et morale. Il y a ensuite la diminution des revenus car les accidentés sont indemnisés avec un plafond fixé à 80% du salaire journalier de base.  Et voilà maintenant que sur ces indemnités, il est prévu de faire payer des impôts “dès 2010″…

Cela n’a rien de choquant. Et cela rapportera environ 150 millions d’Euros” ose le maire de Meaux. 150 millions d’Euros que l’on va prendre dans la poche des accidentés du travail. Dans le même temps Qu’apprend-on? que les promesses de “rabotage” des niches fiscales ont reportées au calendes grecques. Les niches fiscales, c’est juste le moyen pour les plus fortunés de ne pas payer d’impôts en réalisant les bons investissements. Les niches fiscales c’est juste 70 milliards d’euros par an.

Ce soir la colère le dispute à l’écoeurement.

L’arnaque du travail du dimanche

w-du-dim

Le nouveau ministre du travail, X. Darcos manie bien la langue française. Que dit-il à propos du travail du dimanche? “les salariés volontaires verront leur salaire doublé“.

Pas faux. Sauf qu’il omet habilement de dire que ce volontariat ne concernera qu’une toute petite minorités de salariés.  Dans les faits, rares seront donc les salariés du dimanche qui verront leur salaire majoré. Le ministre joue de l’ambiguïté et de la complexité d’une proposition de loi volontairement confuse.

A l’issue du débat il y aura six catégories de salariés :

  • les salariés de PUCE (”Périmètres d’Usage de Consommation Exceptionnels“, c’est-à-dire les zones aujourd’hui illégales d’activité le dimanche dans les agglomérations de Paris Lille et Marseille) sont les seuls salariés qui devront être volontaires et qui verront leur salaire doublés. Cette garantie n’est toutefois pas absolue (voir ci-après)
  • les salariés dans une entreprise située dans un PUCE où un accord moins favorable que la loi a été signé. Dans ce cas, c’est l’accord (même minoritaire) qui s’applique et donc pas de doublement du salaire.
  • les salariés qui travaillaient déjà le dimanche, mais dans une commune qui obtient la classification  “commune d’intérêt touristique“. Pour ceux-là l’employeur pourra dénoncer tous les accords antérieurs qui donnaient des avantages particuliers aux salariés. Les obligations propres aux PUCE ne seront pas davantage applicables. Retour à la case zéro contrepartie…(1)
  • les nouveaux salariés du dimanche dans une “commune d’intérêt touristique“. Là, le commerce le dimanche est de plein droit. Le salarié ne pourra refuser sous peine de licenciement. L’ouverture dominicale ne donnera droit à aucune compensation salariale. Tout est soumis à la volonté de l’employeur.
  • les salariés qui travaillent cinq dimanches par an (les cinq dérogations accordées par le maire, que contient déjà la loi actuelle).  pour ceux-là pas de changement sauf si leur commune devient d’intérêt touristique. Dans ce cas ils perdront le doublement de salaire.
  • les salariés d’Alsace Moselle pour lesquels la présente loi ne s’appliquera pas !

Quoi que l’on pense de la généralisation du travail du dimanche, la moindre des choses eût été d’accorder une égalité de traitement entre salariés. La majoration devrait être une évidence. Qu’il s’agisse de restauration (plus chère le WE. Pas de menus), qu’il s’agisse de garde d’enfants (pas d’école ce jour-là) ou qu’il s’agisse de transports (mobilité réduite ce jour-là pouvant entraîner l’usage de son véhicule personnel de préférence aux transports collectifs), le travail du dimanche coûte davantage au salarié qu’un jour de semaine. Surtout il désorganise sa vie sociale et familiale. C’est sans doute parce que cette perte qualitative n’a pas de prix que la droite en a conclu que cela pouvait ne pas être payé…

___________________________

(1) c’est exactement ce qui s’est déjà passé lorsque la loi Debré a légalisé l’ouverture dominicale de plein droit des magasins d’ameublement.

Chronique de campagne européennes 3

tract-harlem

Etrange campagne.

Elle a d’abord mis un temps fou à démarrer. Et puis les premiers arguments dégainés, voilà que nous en sommes déjà à commenter les résultats! Les journaux fleurissent de commentaires sur leurs effets supposés sur les carrières des uns et des autres. L’UMP aurait gagné. Le PS ne se se relèverait pas de ses divisions et Martine Aubry serait menacée par un destin à la Rocard. Bayrou aurait réussi son pari et cavalerait flamberge au vent jusquà la prochaine présidentielle. J’exagère à peine.

Ce scénario c’est celui que vendent les spin doctors de l’Elysée. Ils sont tellement pressés d’enjamber le scrutin européen, qu’ils répandent les rumeurs sur le prochain remaniement. L’effet médiatique recherché est double :

  • Accréditer l’idée que prochain évènement important de la vie politique c’est le jeu de chaises ministérielles qu’organise Nicolas Sarkozy, pas le vote du 7 juin.
  • Distiller le nom de Claude Allègre pour démobiliser au passage les électeurs socialistes, écoeurés de voir les vieilles gloires se vendre pour pas cher.

Aucun média ou presque ne rappelle que la droite est historiquement faible. Que l’UMP, seul parti à soutenir son action est en dessous de 30%

Etrange campagne aussi parce qu’en quinze jours, les médias compriment le travail qu’ils répugnent à faire, au quotidien. Qui rend compte du travail parlementaire à Strasbourg ou à Bruxelles? La plupart des journaux n’ont même pas de correspondant permanent pour suivre l’actualité européenne !

Coment s’étonner dès lors qu’aux tracts que nous distribuons, les passants nous répondent trop souvent par un sourire poli : “c’est courageux de faire ce que vous faites, mais franchement cela nous indiffère“. En quelques secondes, il faudrait tout à la fois rappeler le fonctionnement de nos institutions européennes, faire le récit de cinq ans de mandat, et énoncer les principales propositions clivantes…

Alors, en courant derrière les unes et les autres, à la sortie d’un RER, sur le parking d’un supermarché, la devanture d’une boulangerie, nous essayons de vous dire que si le 7 juin l’alternance joue, la gauche mettra en place un bouclier social pour les salariés, les chômeurs, les retraités. Il comprendra notamment :
- Un salaire minimum dans chaque pays européen pour stopper les délocalisations
- Une directive pour empêcher les licenciements boursiers ;
- Une « clause de progrès social » pour qu’aucune directive ne puisse affaiblir nos droits sociaux ;
- Une directive cadre pour protéger les services publics.

Et cela ne vaudrait pas la peine de se mobiliser?

Il est temps de changer d’heure

dsk-a-vous-de-juger

L’hiver économique et social aura une fin. Mais quand? Personne n’ose se hasarder à un pronostic précis.

Pour le moment, les annonces de plans sociaux se traduisent en cohortes de nouveaux demandeurs d’emploi. 90 000 en janvier, 80 000 en février, la croissance exponentielle du chômage des jeunes (+ 21,6% en un an)… Il n’y a que Christine Lagarde pour évoquer une “progression contenue“. Dormez braves gens…

En septembre dernier, la situation financière mondiale avait des airs de crise virtuelle, cantonnée à une “bulle financière” à laquelle nous ne participions pas. Mais c’est tout le système qui a été corrompu et la contagion a gagné tous les pays. Jusqu’au bout du monde la crise traque ses proies.

Dans ce contexte, nous connaissons depuis quelques semaines un débat surréaliste autour de la distribution de stocks options ou de “parachutes dorés” pour quelques gagnants autodésignés de la loterie nationale. Il y a ainsi des gens indécents qui pensent que l’argent des contribuables modestes, des salariés précaires, doit servir à leur maintenir des “bonus”. Il y a des gens obscènes qui pensent qu’ils méritent tout même quand les autres n’ont plus rien. Il y a des gens que la morale a quitté, à moins que ce ne soit l’inverse.

Même les plus libéraux s’émeuvent. Le Président de la République – dans un exercice désormais répétitif -ressort les violons. Et comme la presse souligne le décalage entre le discours et les actes, l’Elysée opère un mouvement  : C’est juré, on écrira un petit décret. Mais le petit décret ne contiendra pas les prochains scandales. L’Elysée ferme la porte aux abus, mais prend soin de laisser grandes ouvertes les fenêtres… Il n’est même pas prévu de plafonner les salaires des dirigeants d’entreprises ayant bénéficié d’une recapitalisation avec de l’argent publique.

La cécité du pouvoir est telle qu’il est difficile de ne pas y déceler une ligne politique cachée : tenir bon pendant la crise pour tout recommencer après la crise.

La crise devrait au contraire nous conduire à repenser le système. Deux exemples  :

  1. les stocks options doivent-elles être maintenues ? Elles ont une justification pour les entreprises naissantes – sans capital mais à fort potentiel de développement – qui offrent ainsi un revenu différé à des salariés qui ne les rejoindraient pas sans la perspective de gains futurs. Mais quel sens cela prend-il pour des dirigeants d’entreprises déjà cotées en bourse ?  La réalisation de leurs stock options dans les conditions optimales devient leur obsession. Le cours de l’action transforme leur horizon. Voilà un mécanisme qui éloigne les dirigeants de toute vision et projet d’entreprise, les aliène aux desiderata des seuls actionnaires et les aveugle parfois jusqu’au délit d’initié.
  2. L’échelle des salaires compte-t-elle trop de niveaux ? Il ne s’agit pas de tout égaliser, mais de s’interroger. Personne ne songe à la création de soviets ou à collectiviser les moyens de production. Mais quel travail vaut 600 fois celui d’un smicard? La question est longtemps parue incongrue. Voilà une excellente opportunité de se la reposer. Qui ne voit que la cohésion sociale est menacée quand, d’un côté les fins de mois commencent le 15 et, de l’autre, l’Etat restitue des chèques représentant 300 smics à certains bénéficiaires du bouclier fiscal?

Ce n’est pas tout à fait ce qu’a dit Dominique Strauss-Kahn jeudi dernier dans l’émission “A vous de juger“. Je ne voudrais pas extrapoler. Le directeur du FMI est resté dans son rôle, mais il avait un discours à peine subliminal qui appelait au changement des règles du jeu. Il flottait au dessus de l’organisation internationale un air de musique social-démocrate. Cet appel était d’autant plus crédible qu’il ne reposait sur aucun fond démagogique.

L’hiver aura une fin. Il faudra juste penser à changer d’heure.

Mauvaise conscience

clochards

C’est Jean-Marc Ayrault qui a utilisé les mots “mauvaise conscience” à propos des élus UMP qui s’interrogent sur le bienfondé du “bouclier fiscal“. Le poids de la culpabilité est sans doute plus lourd à porter en temps de crise, au point de devenir insupportable à certains. L’expression d’un remord est venu du démocrate chrétien, Pierre méhaignerie qui juge désormais opportun d’imposer davantage les revenus qui dépassent les 300 000€ annuels.

Les chiffres transmis par le ministère des Finances sur l’application du “paquet fiscal” sont édifiants. Le bénéfice moyen pour les heureux gagnants de la loterie gouvernementale est de 33 000 € par foyer ! Il faudrait suggérer aux zélateurs du Président de la République d’aller justifier ces exonérations auprès des salariés licenciés qui se battent pour des primes de 1000 €. Même Dominique de Villepin, inventeur de la formule en 2005 suggère désormais d’aménager le “bouclier fiscal“.

Malheureusement, la grâce ne semble pas avoir frappé une majorité à droite. Lors de la discussion du collectif budgétaire cette semaine, l’amendement socialiste de suppression du bouclier ne sera pas davantage adopté que l’amendement Méhaignerie. Le président Sarkozy n’a plus de cap, mais il maintient un dogme : le président ne peut pas avoir eu tort.

Alors vous lirez, verrez, entendrez toute la semaine, sur toutes les ondes et dans tous les journaux le porte-parole de l’UMP s’échiner à défendre l’indéfendable. Mentir est devenu son métier.

Il vous dira que le bouclier fiscal fait revenir les contribuables exilés sur des terres à la fiscalité moins hostile. N’hésitez pas à lui demander les noms de ceux qui sont rentrés. La presse n’en a trouvé qu’un seul, Denis Payre cofondateur de Buisiness objects.

Frédéric Lefebvre vous expliquera ensuite que dans le paquet fiscal, il n’y avait pas que le bouclier. L’essentiel des crédits utilisés sert à financer le dispositif relatif aux heures supplémentaires. Sous-entendu, ce ne sont pas les riches qui en profitent. Demandez-lui alors comment se répartissent les 4,3 milliards€. Ce que nous dit Bercy, c’est que 4,1 milliards correspondent aux exonérations de cotisations sociales des entreprises qui pratiquent les heures sup et 200 millions seulement à la défiscalisation dont profitent les salariés…

Si il est dans un grand jour, le député des Hauts-de-Seine osera peut-être un bobard énorme du genre “le paquet fiscal est un élément de justice fiscale“… Demandez-lui alors quelle justice inspire l’évaporation de 2 milliards d’euros  pour exonérer les grosses successions, ou  de 250 millions (3 milliards en période de croisière) de crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunt immobilier qui ont bénéficié notamment aux 67 000 familles relevant des tranches d’imposition à 30 et 40%.

Au vu de ces chiffres, le temps devrait être celui des regrets.

Le problème c’est que comme le disait Nietzsche, “on vient plus facilement à bout de sa mauvaise conscience que de sa mauvaise réputation“. Puisqu’ils étouffent facilement leur mauvaise conscience, à nous de faire en sorte de contribuer à leur mauvaise réputation…

Hold-up sur les contribuables locaux

reunion-cg-champs

A la mairie de Champs, au SAN du Val Maubuée, au SIETREM, au conseil général, on ne parle que de ça.

Le sujet est complexe. Habituellement, on dit même que c’est “un sujet d’élus locaux“. Une façon élégante de dire que ce n’est même pas la peine de tenter de l’expliquer. On aurait tort.

Alors “ça” quoi? De quoi s’agit-il ? Des cadeaux que l’Etat – en l’occurrence le président de la République – fait d’autant plus facilement qu’ils ne lui coûtent rien. Jusque là, rien de très méchant. Faire des cadeaux avec l’argent des autres, c’est le principe même de la redistribution. Dans le cas présent, la difficulté tient au fait que l’on prélève des poches des classes populaires et moyennes au profit des entreprises et des gros contribuables…

Démonstration en trois exemples pris dans l’actualité de ces derniers jours en Seine-et-Marne :

1. Les 75 millions dus à notre département.

Lorsque l’Etat a transféré en 2004 la gestion du RMi aux départements (mais aussi l’entretien des routes nationales ou la gestion des personnels TOS des collèges), il s’est engagé à compenser “à l’euro prêt”, les sommes destinées au suivi, à l’accompagnement et à l’assistance des bénéficiaires de cette allocation. Il n’en a rien été. Ce non respect par l’Etat de ses engagements représente un manque à gagner de 75 millions d’euros au budget du département(1). Cet argent représente l’équivalent de la construction de 4 collèges. S’il fallait récupérer cet argent sur un exercice, cela représenterait une augmentation des impôts du département de 21% ! Faut-il le rappeler la fiscalité locale est la plus injuste car elle s’applique à tous, sans tenir compte des revenus des habitants.

Cette “dette” de l’Etat de 75 M€ pourrait servir à financer les investissements de notre développement permanent. Ce serait d’autant plus juste que nous sommes déjà le département (2) qui reçoit de l’Etat la part de DGF la plus faible en Ile de France. Quand les Hauts de Seine, département le plus riche de France reçoit 174,4 euros par habitant, la Seine-et-Marne ne reçoit que 124,2 euros, soit 50 euros de moins ! Le monde à l’envers…

2. La taxe sur le tonnage incinéré que va payer le SIETREM

La loi de Finances pour 2009 vient de créer une nouvelle taxe sur l’incinération. Le montant de cette taxe à la tonne va doubler entre 2009 et 2013 (363 000 euros en 2009). Sans doute voyez-vous derrière cette mesure une incitation écologique à un changement de comportement. Hélas, même pas! Les déchets dits ultimes sont forcément incinérés ou enfouis et les deux procédés sont également taxés… ce qui a fait dire au vice-président des Finances du SIETREM (UMP) que l’Etat nous prenait pour des “vaches à lait“… La bonne gestion du SIETREM et les choix techniques décidés au cours des dernières années permettront heureusement de compenser pour le moment, mais la taxe sur les ordures ménagères n’est pas prête de baisser.

3. La suppression annoncée de la taxe professionnelle.

Le président en a fait l’annonce de sa dernière prestation télévisée. Il a annoncé précipitamment sa suppression totale (qui représenterai un manque à ganger de 26 milliards d’Euros). Depuis Bercy a corrigé. Il ne s’agirait que de la part assise sur les investissements (11 milliards de manque à gagner, ramenés à 8 du fait de l’accroissement des bénéfices des entreprises, soumis à l’IS). Qui croire?

Ce qui est certain c’est que la TP représente en moyenne 44% des ressources des collectivités locales. Dans le Val Maubuée, ce serait un trou de 45 M€ à combler. Au Conseil général, de 148 M€…

Pour compenser cette perte, le président propose  la création d’une “taxe carbone” dont le principe même est de décroitre en stimulant les comportements vertueux. Les contribuables locaux seront appelés à compenser directement ces pertes car l’Etat ne compte pas reprendre aux entreprises ce qu’il vient de leur accorder avec la suppression de la TP.

Ces trois exemples très concrets ne doivent rien à l’imagination, mais à l’examen des dossiers locaux et aux annonces du Chef de l’Etat. Ces décisions sont d’autant plus difficiles à comprendre qu’elles contredisent toute volonté de relance de notre économie :

  • Les collectivités sont à l’origine de 73% de l’investissement public. L’anticipation de pertes va les conduire à geler prudemment certains projets.
  • L’obligation faite à certaines collectivités d’augmenter leurs impôts pèsera sur les ménages. L’une des clés d’une sortie de crise repose pourtant sur la relance de la consommation.

_____________________________________

(1) en cumulé depuis 2004.

(2) avec les Yvelines

L’opposition municipale à contre-temps

conseil-municipal-260109

Lundi soir. Affluence record sur les bancs du public pour assister au conseil municipal. Assistance record, c’est-à-dire 23 personnes. Pas encore vraiment une émeute. Mais un progrès. Toujours triste de voir des chaises vides.

La première partie de la soirée a été consacrée au débat d’orientation budgétaire qui précède le débat sur le budget lui-même (en mars).

Ce budget 2009 s’exécutera dans un contexte économique et social qui est celui d’une crise sans précédent. La croissance sera négative, ce qui pour appeler un chat par son nom, signifie que nous serons en récession.

Les ressources de notre commune seront affectées très directement. Pourquoi? parce que nos recettes fiscales sont très largement dépendantes du marché immobilier. Les rentrées sont d’autant plus fortes que les mouvement d’achats-ventes ou les constructions sont nombreux et que les prix des transactions sont élevés. Lorsque le marché se retourne…

Nous aurons donc moins d’argent qui rentre, mais parallèlement, nous aurons plus de difficultés aussi. Pour de nombreux campésiens, la ville constituera le dernier filet de sécurité. Pas vraiment le moment d’augmenter les tarifs publics ou de diminuer les aides par exemple pour les enfants de familles modestes.

J’ai donc regretté hier soir que ce soit dans cette période singulière que l’opposition municipale conduite par M. Dubois alimente une polémique déplacée.

Une polémique aussi injuste que politicienne.

Injuste parce que la droite campésienne explique que nous allons “tout droit vers l’augmentation de nos taxes locales” pour “palier la baisse de la dotation de solidarité en région Ile de France”. La vérité, c’est que cette baisse est liée à la réforme de la taxe professionnelle mise en place par le Gouvernement. La vérité c’est encore la baisse du concours de l’Etat aux collectivités locales. Ainsi la fameuse DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) n’est plus indexée que sur l’inflation prévisionnelle. Qu’est-ce que cela veut dire? que la subvention n’est pas revalorisée chaque année de l’inflation réellement constatée, mais du taux d’inflation calculé en loi de Finances initiale (à l’Assemblée nationale). Ainsi toutes les collectivités vont devoir remettre en cause des dépenses indispensables à la solidarité, pour faire face à la diminution drastique des différentes dotations et transferts de charge sans transfert des moyens financiers correspondants.

Politicienne, parce que la lecture du tract de VMC (pas la clim, mais Vivre Mieux à Champs), nous invite à des lendemains qui chantent : “nous lutterons pour la baisse des taux d’imposition tout en préservant un haut niveau d’investissement“. Faire plus avec moins, qui pourrait être contre?

On apprend que tout cela se réalisera avec une “baisse de 5% des frais de fonctionnement des services“. Sans dire quels seraient les services justement touchés ni quels postes seraient effectivement supprimés. Surtout ne faire de peine à personne. Sans rappeler qu’un “haut niveau d’investissement” suppose des frais de fonctionnement pour justement les faire tourner… Par exemple payer de nouveaux éclairages publics sans programmer les heures de travail pour entretenir le parc n’est pas très professionnel… Une municipalité qui engagerait des dépenses pour de nouveaux équipements publics sans anticiper leur coût d’entretien creuserait vite et durablement les déficits publics.

Au total, en écoutant et en lisant l’opposition municipale, je me disais qu’elle était surtout à contre-temps.

M. Dubois défend une politique qui n’est même plus portée par Nicolas Sarkozy depuis septembre dernier. A Champs, la droite n’a pas vu le temps passer. Elle a encore le nez dans les étoiles de la campagne présidentielle. Elle défend une baisse de la fiscalité que plus personne ne prône, compte tenu des difficultés qui sont devant nous. Elle suggère la suppression régulière de postes d’agents communaux, tandis que le Gouvernement en est lui-même venu à réhabiliter les emplois aidés (1).

Cette politique est totalement à contre-sens de ce qu’il faut faire en temps de crise. Il faut au contraire soutenir l’investissement des collectivités locales qui réalisent dans notre pays les trois quart de l’investissement public. Dans notre commune qui compte 700 entreprises, beaucoup dépendent ou attendent de la commande publique. Ainsi l’entreprise TIXIT qui fabrique à Champs des rayonages mobiles est en redressement judiciaire parce qu’elle n’arrive pas à faire face à des problèmes de trésorerie, alors même que son savoir-faire est reconnu. Il faut saluer la décision de la mairie qui a anticipé ses besoins futurs en passant commande à cette société de 15 000€ de travaux (alors qu’ils auraient pu s’étaler sur plusieurs années).

Espérons que les prochaines semaines porteront conseil à M. Dubois et ses colistiers. Après tout, le vote du budget n’interviendra qu’en mars.

___________

(1) Notez ce paradoxe qui n’est qu’apparent. Nicolas Sarkozy appelle à la signature de contrats précaires. Dans le même temps il supprime à tours de bras les postes d’enseignants ou d’hospitaliers.

Retour sur une folle nuit

marseillaise-a-lan

Mardi 20 janvier. 21:30. La discussion démarre sur le fameux article 13 qui crée le “crédit temps” et permet que des amendements puissent être déposés sans être défendus… Jean-Marc Ayrault fait une ouverture : alors que le gouvernement aurait eu la faculté d’utiliser 8 fois le 49-3 en 2008 en application de la nouvelle constitution, il se contente de demander la possibilité pour chaque groupe de lever cette contrainte du crédit global sur 4 textes maximum par an (le gouvernement établit un parallèle entre la nécessité d’adopter un crédit global et la limitation de l’usage du 49-3 qui permet l’adoption sans vote).

Cette main tendue n’a pas été saisie. A peine cette intervention achevée, Jean-Luc Warsmannn, président de la Commission des Lois demande (en accord avec Jean-François Copé) la clôture des débats et pose une fin de non-recevoir à nos propositions. Le président de séance, Rudy Salles, fait alors voter la fin de la discussion générale sur l’article 13. Les communistes, les Verts, les Nouveau Centre n’ont même pas pu prendre la parole.

Après une suspension de séance, Jean-Marc Ayrault demande la réunion d’une conférence des présidents. Le président Accoyer la refuse sans explication.
Il revient en séance. les députés socialistes demeurent massés au pied de la tribune pour réclamer une conférence des présidents. La séance est de nouveau suspendue au bout de quelques minutes.

Avant même que la réunion de groupe socialiste ne s’achève, B. Accoyer dans une provocation supplémentaire fait appeler nos amendements et constater en notre absence qu’ils ne sont pas défendus pour les faire tomber un à un.

Alors que les députés entrent en séance, le président continue d’égrener les amendements. Les députés socialistes entonnent spontanément l’hymne national debout au pied de la tribune.Un moment d’émotion rare s’empare de l’hémicycle. Il y a des députés qui ont les larmes aux yeux. Aucun d’entre eux ne pouvait imaginer assister à une telle parodie de débat et à un pareil coup de force.

La séance  s’est poursuivie et a démontré par l’absurde, à quoi pouvait ressembler une assemblée où l’opposition est muselée. Des amendements qu’on appelle mais qui ne peuvent être défendus.

Au cours de cette nuit le président de l’Assemblée nationale a eu une attitude absolument incompatible avec l’exercice de sa fonction. Il a perdu toute crédibilité et toute autorité.  Alors qu’il avait évoqué lui-même la nécessité d’un accord dimanche soir à la radio, il s’est conduit comme le représentant de l’UMP. Le président de l’Assemblée aurait dû se comporter dans ce débat comme le garant du respect de l’expression des minorités. Il s’est comporté en simple exécuteur des basses œuvres du président Sarkozy et n’a pas trouvé la force de s’opposer à la pression que lui mettait Jean-François Copé.

Les images ont été si terribles pour lui qu’on imagine sans peine qu’elles ont motivé  le lendemain son changement d’attitude. La discussion est à nouveau ouverte, mais les propositions sont pour le moment très floues. Le président de l’Assemblée n’ose pas proposer un véritable compromis à l’opposition. Il demeure encore l’otage de ses propres amis. Nous verrons bien.
En attendant, la majorité a pris le risque d’une crise politique majeure qui  s’ajoute à une crise financière, économique et sociale. Il y a des gens qui à droite aiment  jouer avec les allumettes.

Mardi, Jean-Marc Ayrault défendra au nom des socialistes, radicaux et citoyens l’adoption d’une motion de censure.

Le temps du Parlement contre le temps du Président

tumulte-an

Depuis mardi dernier, matins, après-midis, soirs et nuits, le combat fait rage dans l’hémicycle (1). Plus une minute de libre pour écrire sur ce blog.
Le sujet est parfaitement ésotérique. Il pourrait paraître déplacé de consacrer autant d’énergie à un projet de loi organique aussi éloigné des préoccupations des Français. Le droit d’amendement n’est pourtant pas un sujet technique, mais une garantie démocratique.

Concrètement, le Président de la République, irrité par les débats sur l’audiovisuel public puis sur le travail du dimanche, a décidé d’en finir avec l’opposition parlementaire. Sous couvert de bon sens (moderniser le Parlement), le projet de loi organique instaure un « crédit temps » sur chaque projet : C’est la majorité qui décidera du temps de l’opposition. Une fois ce temps épuisé, les amendements ne pourront plus être défendus.

L’obstruction est en réalité un fait rare : depuis 30 ans seuls 7 textes ont dépassé 100 heures de débat. Et ce fût à 4 reprises du fait de la droite… Qui peut s’indigner réellement que l’Assemblée Nationale consacre 79 petites heures à l’indépendance de l’audiovisuel public?
La vraie lenteur c’est celle du pouvoir réglementaire qui met des mois, voire des années à rédiger les décrets d’application. Un rapport du Sénat fin novembre fait apparaître que depuis 18 mois, le taux de mise en œuvre des textes votés n’est que de 24%…

Si le Président veut comprimer le temps parlementaire, c’est parce qu’il contrarie la communication présidentielle.
Avec Nicolas Sarkozy, la règle est simple : A chaque jour, son image. A chaque fait divers, sa loi. Dans ce tourbillon médiatique, chaque image doit tout à la fois marquer les esprits pour donner l’illusion de l’action et chasser la précédente pour limiter tout suivi et toute contestation.

Chaque semaine depuis son élection, Nicolas Sarkozy s’efforce d’imposer l’agenda politique : avoir le choix du thème, pour conserver la main. Le président de la République aime les annonces, mais il n’aime pas que l’on fouille derrière ses mots. Comme tous les illusionnistes, il a ses trucs. Pour les préserver, il veut maintenir la distance avec le public. C’est pourquoi il faut sans cesse aller vite, ne jamais s’arrêter, fixer l’attention sur le tour suivant.

Chacun comprendra dans ces conditions que le temps des députés qui est celui de l’analyse, de l’évaluation, de la contre-expertise continue d’être un caillou dans la chaussure du Président qui voudrait que, une fois le journal de 20H et ses annonces passés, on éteigne le Parlement.

————

(1) Sur la photo prise vendredi soir dernier, les députés PS decendent au pied de la tribune pour interpeller le président de séance UMP Marc Laffineur qui refuse de respecter  le réglement de l’Assemblée, afin d’accélérer les débats.

Quo vadis, Israël ?

radio

Depuis onze jours je prête une oreille plus attentive à ma radio dès qu’un nouveau flash info délivre les dernières nouvelles de la guerre de gaza.

Israël c’est, pour nombre d’entre nous, plus qu’un pays. Ces jours derniers, au hasard de mes lectures, j’ai découvert une  intervention datant de 1967 de l’immense conscience que fût Primo LEVI qui définit l’Etat hébreu comme “la synthèse et le symbole de l’histoire de l’Humanité” (1). Par ces mots, l’auteur universel de “si c’est un homme” voulait dire que la création de l’Etat d’Israël, puis son existence étaient plus qu’une dette que le monde aurait contracté à l’égard des rescapés des pogroms, des ghettos ou de la Shoah. Il voulait lire dans sa brève histoire  “les vertus de la vocation de l’espèce humaine : le dépassement de la dispersion, de la discorde, des différences de langue, d’origine, de race, et leur fusion d’abord exténuante puis aisée, dans une cohabitation civile“.

C’est cette promesse là que ruinent aujourd’hui les promoteurs de l’escalade armée. Ils plongent les israéliens dans une impasse stratégique. Ces dernières années, les opérations militaires ont toujours  renforcé le Hamas et affaibli l’autorité palestinienne. Son président Mahmoud Abbas perd en ces heures cruelles le peu de crédibilité qu’il lui restait. Les plus radicaux emportent d’autant plus facilement l’adhésion qu’ils partagent le quotidien d’une population palestinienne exsangue. La catastrophe humanitaire constatée par le coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU n’est pas un ferment de paix, mais le terreau fertile d’où naitront de nouveaux candidats à la lutte terroriste.

Tzipi Livni, ministre israélienne des affaires étrangères disait hier “nous combattons la terreur, nous ne cherchons pas un accord avec la terreur“. Le Hamas n’est pas un partenaire présentable. C’est un mouvement qui nie l’existence d’Israël. Tout cela est exact. Mais sans vouloir donner de leçons : avec qui faire la paix, si ce n’est justement avec ceux qui vous font la guerre? Longtemps Arafat fût le diable, puis vint le jour où les dirigeants israéliens acceptèrent de déjeuner avec lui, fût-ce avec une longue cuiller.

Inquiet des menaces que faisaient peser sur lui les voisins d’Israël, Primo LEVI poursuivait son discours ainsi “nous ne voulons pas que ce coin de terre sorti du néant soit détruit (…/…) s’il l’était, une portion d’humanité beaucoup plus importante que les simples chiffres ne le laissent entendre mourrait avec lui“. Il concluait par cette belle phrase : “la terre d’Israël est une idée, et les idées sont précieuses et rares : elles ne doivent pas, elles ne peuvent pas être supprimées“.

C’est cette idée qui est aujourd’hui menacée par le dogmatisme ou le cynisme de tous les pousse-au-crime et autres va-t-en guerre. L’intervention de Tsahal à Gaza est évidemment populaire dans la population israélienne. A quelques semaines d’une élection législative, il faudrait un homme ou une femme d’Etat, un Yitzhak RABIN pour accepter de remonter le courant d’une opinion à vif. Malheureusement, cette personnalité politique n’existe pas ou n’a pas encore émergé. Les dirigeants de Kadima se sont éloignés de l’esprit de sa fondation(2). Ariel SHARON ne s’est pas réveillé de son coma (3)…

C’est dans ce contexte d’incertitude que nous vivons maintenant. avec cette question aux lèvres “quo vadis, Israël“? c’est-à-dire “où vas tu Israël?”. On prête à l’apôtre Pierre cette interpellation lorsqu’il le croisa le Christ au lendemain de son arrestation. Ce dernier entamait alors un long chemin de croix…

_________

(1) dans Primo Levi “feuillets épars” paru chez Robert Laffont.

(2) Kadima “en avant” est le parti fondé par Sharon, après que sa conversion au camp de la paix l’ait privé de l’aile droite du Likoud.

(3) Sharon est dans le coma depuis avril 2006.


J’allais oublier Nadine Morano…

couloir-groupe-socialiste

Voilà, l’Assemblée nationale est en sommeil pour quelques jours. Les couloirs se sont vidés (sur la photo, celui des 40 collaborateurs du groupe socialiste qui n’ont pas chômé depuis début septembre). Il n’y a plus que quelques récalcitrant-e-s aux vacances de Noël qui font office de vigies démocratiques pendant que les plus nombreux sont partis se reposer. Au groupe socialiste, c’est Gaud qui gardera l’oeil sur les dépêches d’agence. La période des congés c’est aussi parfois celle des mauvais coups portés dans l’indifférence générale.

Tenez, dernier exemple… Ce n’est pas tout à fait un mauvais coup, mais c’est une communication d’un cynisme rare à laquelle vient de se livrer Nadine Morano. Ces dernières heures, on la trouvait presque charmante notre secrétaire d’Etat. Elle n’a pas été nommée aux transports, mais elle occupait toutes les lignes TGV et offrait son corps pour la promotion des avantages de la carte “familles nombreuses“.

Nadine Morano annonçait – avec force trompettes – qu’elle accorde un nouvel avantage aux familles monoparentales alors que quelques jours plus tôt, la majorité UMP a voté  la suppression de la demi-part supplémentaire accordée à un parent ayant vécu seul avec un enfant à charge(1)…

En somme, le gouvernement vient de nous offrir d’assister au show de la mère fouettard déguisée en mère Noël ! Nadine Morano a cette impudeur, cette absence de honte, cet aplomb surprenant qui caractérisent les chouchous du président.

Alors, bonnes fêtes, mais attention à l’abus d’alcool… Plus que jamais restez vigilants…


(1) Certes les socialistes en commission mixte paritaire ont réussi à mettre en minorité la droite sur cette suppression, mais ils n’ont pas réussi à revenir au droit actuel non plus.  Il faudra désormais  apporter, pour bénéficier du maintien de cette demi-part, des justificatifs très difficiles à réunir, ce que dénoncent les associations familiales.

Rappelons que l’avantage en impôt procuré par cette demi-part est plafonné à 855 euros et concerne plus de 4 millions de veufs, veuves et personnes isolées. La “suppression de ce droit pour les personnes aux faibles revenus est catastrophique à plus d’un titre“, car elle “aboutira à une augmentation de l’impôt sur le revenu et l’imposition d’une grande partie de la population âgée jusqu’à maintenant non imposée, ce qui entraîne le paiement de charges supplémentaires“, comme la redevance TV, selon l’Unaf. L’Unaf cite également une troisième conséquence, la “diminution du montant des droits liée au niveau d’imposition“, et donne en “exemple“, l’allocation personnalisée d’autonomie (APA).

Connecting people

Si vous êtes membre de Facebook, connectez-vous en arrivant sur ce blog en utilisant le bouton "Connect" dans le pavé de droite. Dès lors, vous apparaissez parmi les 9 “profils” mis en avant. Vous permettez ainsi à d’autres lecteurs de ce blog d’entrer en réseau avec vous.
Ceux qui veulent devenir mes amis sur Facebook pour être informés ou échanger avec moi peuvent le faire en créant leur profil puis en m’adressant leur demande en se rendant sur ma page.

Déjà membre ?
Login
Connectez vous avec Facebook :
Derniers visiteurs

La lettre d'information

Abonnez-vous à la lettre d'information de mon blog. En rentrant votre adresse email et votre code postal vous serez les premiers à être mis au courant des derniers billets publiés ici.