Bandes à part 

Classé dans : coup de gueule, coup de tête on Mercredi, juillet 1st, 2009 by admin | 3 commentaires

bandes

Qui peut nier qu’il existe un problème de violence croissante, de constitution de bandes, dans un face-à-face de plus en plus tendu entre les jeunes et la police ?
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir la multiplication des incidents allant de « simples » incendies de véhicules jusqu’à la mise en place de guet-apens contre les forces de police, voire même contre les pompiers.
Il faut être conseiller spécial de Nicolas Sarkozy pour découvrir le quotidien des banlieues à l’occasion d’une visite impromptue hier à Montfermeil au cours de laquelle son véhicule  a été « caillasse » copieusement.

Hier à l’assemblée, dans une certaine indifférence a été adopté la proposition de loi Estrosi sur les bandes. C’était le 15ème texte sur la sécurité en sept ans ! ce qui marque en creux l’échec dramatique de la droite sur ce sujet : les violences physiques non crapuleuses ont augmenté de 46,5% entre 2002 et 2008, et les mineurs mis en cause pour violences de 52,6% entre 2002 et 2007 !

Cette « loi Estrosi » sera au mieux inutile car les comportements qu’elle prétend viser sont déjà constitutifs de délits dans l’état actuel du droit pénal. Elle sera au pire dangereuse car elle crée une responsabilité pénale collective. Elle sera dans tous les cas inefficace car inapplicable ; en effet la preuve de l’intention délictueuse sera très difficile à apporter par les policiers et les magistrats. Elle se trompe de cible car elle s’en prend davantage aux mouvements sociaux qu’aux bandes délinquantes.

Pour combattre les phénomènes de bandes, les députés socialistes proposent une orientation radicalement nouvelle, basée sur les expériences concrètes des élus locaux, et organisée autour de quatre objectifs.

1-Contre les zones de non-droit, nous proposons de rétablir la police de quartier. L’action répressive de la police a pour le moment oublié les banlieues, où la présence quotidienne de la police a été remplacée par des forces d’intervention épisodiques, destinées à contenir les désordres ou intervenir en flagrant délit, avec des formes d’intervention militarisées parfois contreproductives. Les unités territoriales de quartier, déployées à dose homéopathique par le gouvernement, ne sont pas à la hauteur. La véritable police de quartier que nous appelons de nos voeux organiserait à l’échelle territoriale l’indispensable travail de renseignement, de sécurité publique, mais aussi les investigations judiciaires de proximité contre l’économie souterraine.

2-Notre second objectif est d’agir contre l’impunité. C’est au premier acte délictueux que la sanction s’avère la plus dissuasive contre la récidive. Les décisions judiciaires ou éducatives sont actuellement trop longues entre le délit et la punition. Il faut assurer la rapidité des sanctions prononcées par la justice avec des délais butoirs concernant les primodélinquants mineurs ou jeunes majeurs. Nous proposons également la mise en place d’un tuteur référent chargé du suivi de l’exécution de la sanction éducative de bout en bout.

3-Convaincus que le fléau de la délinquance doit être combattu dans ses racines, nous souhaitons agir contre la violence juvénile et développer très en amont une prévention précoce, notamment en luttant contre la déscolarisation des moins de 16 ans. En outre, la cohérence et la réactivité de la chaîne pénale et de la chaîne éducative doivent être renforcées par la mise en place d’un groupe opérationnel au sein des conseils locaux de sécurité coordonnant l’action des différents acteurs de terrain.
4-Enfin, notre dernier objectif est d’agir contre la loi du silence en instaurant  de nouvelles protections pour les victimes, comme  le droit à un avocat dès le dépôt de plainte pour chaque victime de violence physique.
A la communication, nous préférons l’action. Sur un sujet pareil, nous étions en droit d’espérer que la majorité fasse la démonstration d’une véritable capacité d’ouverture. Mais pour Nicolas Sarkozy l’ouverture s’est toujours limitée à quelques opérations de débauchage.

Chagrin planétaire… 

Classé dans : Coup de chapeau, Coup de coeur, soutiens on Vendredi, juin 26th, 2009 by admin | 13 commentaires

deuil-m-jackson

Peu après minuit hier soir. J’allume mon ordinateur en rentrant de réunion. Sur Facebook on ne parle déjà plus que de ça : le roi de la Pop est mort… La nouvelle s’est diffusée à la vitesse des réseaux numériques.

Depuis, le décès de l’auteur de “We are the world” unit dans le deuil  des centaines de millions de personnes sur l’ensemble de la planète. l’opinion publique internationale communie le temps d’honorer la mémoire de son héros au destin brisé. Le phénomène n’est pas inédit, le suicide de Marylin Monroe, les assassinats de JFK, Luther King ou Lennon, les accidents fatals d’Ayrton Senna ou de Lady Di, ont aussi créé une émotion mondiale. Pas nouveau donc, mais force est de constater que le phénomène s’amplifie. La mondialisation touche à tous les domaines de nos existences. You tube et Daily motion contribuent à la naissance d’une culture musicale quasi universelle.

Les personnes célébrées par l’opinion nous renseignent sur l’air du temps. “Montre moi tes icônes, je te dirai quelle est ton époque.

Je pensais que Mickael Jackson était un chanteur pour quadras et quinquagénaires, qui ont suivi la révolution pop au début des années 80. Ceux qui en 1982 avec la sortie de l’album “Thriller” ont découvert que le clip pouvait remplacer les tristes vidéos de chansons filmées.  Ceux qui se sont enflammés dans les boums sur “Billie Jean” ou “beat it“. C’était visiblement trop réducteur. Je découvre que le “man in the mirror” avait justement un miroir plus grand dans lequel se contempler : ce soir c’est une foule jeune et joyeuse qui s’était formée sur le parvis de Notre Dame de Paris. Une foule qui n’avait pas envie de s’arrêter de chanter. Bon signe des temps.

Versailles après la com… 

Classé dans : Revue de presse, coup d'éclat, coup de tête on Jeudi, juin 25th, 2009 by admin | 35 commentaires

versailles1Soixante douze heures à peine que le congrès de Versailles a refermé ses portes dorées. Que reste-t-il après la com?

Ce que Nicolas Sarkozy voulait nous laisser de cette journée, c’était moins un discours qu’une image. Celle de son triomphe. César entrant dans Rome…

Il suffisait de regarder le dispositif vidéo mis en place par l’Elysée (c’est l’équipe présidentielle qui fournissait aux télés une image exclusive et contrôlée) : D’abord une Louma (grue de prise de vue au bout de laquelle est installée une caméra. Permet les mouvements de cinéma, travelling avant, arrière, latéral) en haut de l’escalier des 100 marches pour filmer l’arrivée de la voiture du président escortée d’un cortège de véhicules digne du président des Etats-Unis. Puis une deuxième Louma, juste devant l’entrée droite de l’hémicycle pour filmer le pas présidentiel remontant la galerie des bustes au milieu d’une haie de gardes républicains. Enfin, pendant le discours, des caméras placées en contre plongée face au pupitre (ce qui n’est pas la place habituelle des caméras lors des congrès) pour filmer le chef de l’Etat sous son meilleur angle et éviter qu’il n’apparaisse écrasé par le lieu.

Il y avait presque quelque chose de touchant dans cette lourde mise en scène. On avait le sentiment de toucher du doigt les rêves du petit Nicolas : “regarde maman, la grosse voiture, elle est à moi. Dans le château, ils sont tous venus m’écouter moi. Et la fille à la beauté de magazine dans la tribune, son mari c’est moi!”

Au delà que pourrait-on retenir d’un discours qui était en creux la négation de tous ceux prononcés lors de la campagne présidentielle?

Nous pourrions nous féliciter de l’abandon de chimères autour de la discrimination ou de la laïcité positives. Nous pourrions surtout savourer la spectaculaire conversion à la défense du modèle social français paré jusqu’ici de tous les archaïsmes et avec lequel le président voulait justement rompre? Mais la question qui nous est posée c’est celle de la part de sincérité que nous devons accorder à ces déclarations.

Si l’intention est réellement de préserver le modèle social français qui puise ses racines pour partie dans l’œuvre du Front populaire et pour une autre part dans le programme du Conseil National de la Résistance, alors la gauche devra répondre positivement.

Seulement nous avons appris à nous méfier des mots. Jacques Chirac avait déjà cette spécialité : capter les mots pour mieux les vider de leur sens. Nicolas Sarkozy maîtrise un art consommé des changements de cap. Après avoir vanté le modèle anglo-saxon, appelé à une politique de civilisation, exigé la refondation du capitalisme, le voilà qui se pose en défenseur de la dépense publique, des “amortisseurs” sociaux et de la lutte contre les exclusions. Nicolas Sarkozy confond la politique avec un concours d’éloquence : seul compte de prononcer le bon discours au bon moment.

Pouvions-nous donc croire en la sincérité de Nicolas Sarkozy lundi? C’est finalement François Fillon qui nous a livré la réponse.

Le Président, pour ne pas partager une gloire qui lui procure d’autant plus de plaisir qu’elle est solitaire, a interdit son Premier Ministre de déclaration de politique générale. Pour éviter une humiliation trop forte, François Fillon a  justifié cette dérogation à la tradition républicaine par un aveu : il n’y a pas besoin de présenter un programme devant l’Assemblée nationale, ni besoin de se soumettre au vote de confiance de la majorité puisque la politique menée et les ministres pour la servir sont les mêmes… Comment mieux dire que Versailles n’était qu’une opération de communication grossière?

Le président de la République a déclaré lundi que « la crise devait nous rendre plus libres d’imaginer un autre avenir ». Craignons que derrière cette liberté et cette imagination, ne se cachent opportunisme politique et improvisation économique.

Et maintenant? Comprendre et analyser sans faiblesse pour rebondir. 

Classé dans : campagne, coup de blues on Lundi, juin 8th, 2009 by admin | 85 commentaires

soiree-elections-europ

C’était hier soir peu avant minuit. Quelques militants se désolent devant un poste de télé dans la cour de Solférino. Martine Aubry vient de partir. Demain matin elle sera sur France Inter.

Le résultat est tombé. Comme une lame.

Et maintenant? Pas le choix. Comprendre et analyser sans faiblesse pour rebondir.

Ce blog vous est ouvert. A vous de livrer sans tabous vos sentiments sur le vote et de dire ce que vous attendez du PS.

Chronique de campagne européenne 6 (message à celles et ceux qui sont tentés par la pêche à la ligne) 

Classé dans : campagne on Vendredi, juin 5th, 2009 by admin | Comments Off

lucie-k

Voilà. c’est presque fini. Dans quelques minutes la campagne officielle sera terminée. Les militants vont ranger les pinceaux et la colle. Les affiches et les tracts vont enfin débarrasser les coffres des voitures. Chacun aura le sentiment du devoir accompli, mais surtout un goût amer, un goût d’inachevé, car cette campagne n’a jamais vraiment pris. Elle se clôt sur ce triste spectacle télévisuel opposant Bayrou à Cohn-Bendit, qui depuis hier soir passe en boucle sur toutes les chaînes.

Depuis 2004, tous les rendez-vous politiques avaient donné lieu à des campagnes passionnantes : référendum européen, présidentielles, législatives. Pour l’élection présidentielle, 85% des électeurs s’étaient mobilisés. A quelques heures du scrutin, l’institut CSA anticipe cette fois une hausse de l’abstention. Comment ne pas s’en inquiéter?

La droite a donné le sentiment d’éviter la confrontation démocratique, elle s’est refusée à assumer son bilan comme son projet libéral et conservateur commun aux partis du PPE (groupe auquel appartient l’UMP au Parlement européen) et s’est limitée à agiter quelques épouvantails (Turquie, sécurité) pour mobiliser le noyau de ses électeurs traditionnels. A gauche l’offre est tellement large qu’elle l’a rendue en grande partie inaudible. Au centre, Le chef du Modem dont l’obsession présidentielle n’est plus à démontrer, a préféré tenter de préempter la place de meilleur opposant plutôt que de développer son projet européen.

Ce panorama de campagne n’a évidemment rien d’exaltant. Il peut sans doute conduire à s’interroger sur l’intérêt du vote. Des altercations comme celles d’hier soir sur le plateau de France 2 peuvent même provoquer la colère et stimuler l’abstention. Difficile de prétendre le contraire. Et pourtant, ce soir, puisque je peux vous écrire encore, je veux vous dissuader de ce choix.

Lundi 8, il y aura une nouvelle assemblée. Elle sera élue pour cinq ans. Pendant cinq ans, elle décidera de l’avenir des services publics, de la mise en concurrence ou non de la santé, d’harmoniser ou non les législations sociales. C’est ce Parlement européen qui répondra ou pas au défi posé par la crise financière. Ce sont ces nouveaux élus qui auront à dire si tout doit continuer comme avant ou si, au contraire, l’heure est à la maîtrise du capitalisme et à sa régulation.

Lundi, il y aura des députés qui auront à protéger 500 millions d’européens, et singulièrement les 27 millions de chômeurs que les prévisionistes annoncent au cours des deux années à venir.

Lundi, il y aura une majorité. Elle peut être de droite. ce sera alors la même politique qui se perpétuera. Avec les mêmes résultats. avec les mêmes désillusions. Les partisans de la dérégulation nous ont conduit à la crise, ils ne peuvent être la solution. Cette majorité peut aussi être de gauche. Pour cela, il faut donner vos voix aux 27 partis socialistes et sociaux démocrates qui ont ensemble écrit le “manifesto“. D’autres partis offrent leur “résistance” aux thèses libérales, mais c’est exclusivement autour des socialistes européens que l’alternative et l’alternance sont possibles.

Alors dimanche, pour ce tour unique, donnez votre voix à l’espérance. Donnez une chance au changement…

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Afin de respecter la clôture de la campagne officielle, aucun commentaire n’est hélas autorisé sur ce post. Merci de votre compréhension.

chronique de campagne européenne 5 (Demandez le programme du PPE) 

Classé dans : campagne on Samedi, mai 30th, 2009 by admin | 21 commentaires

gueguen1

Ce matin, marché de Torcy. Heureusement que nous sommes heureux de nous retrouver pour faire campagne. Parce que cette fois, on ne peut pas dire que nous soyons vraiment stimulés et portés par l’ambiance…

Nous sommes à une semaine du premier tour. Habituellement en fin de campagne, sur les marchés on sent un frémissement. D’un seul coup, les passants viennent chercher les tracts, entrent volontiers en discussion, posent des questions, s’enquièrent de nos propres impressions, nous tapent sur l’épaule ou nous saisissent le bras pour nous dire de ne pas nous inquiéter…. Les politologues parlent du moment de la “cristallisation“. Celui où tout se joue et se fige à la fois. Nous sommes à une semaine et franchement, nous ne sentons pas grand chose…

Il faut dire que nous élisons des députés européens dans une circonscription régionale. Hors Ile de France, cette circonscription ne correspond géographiquement pas à grand chose puisqu’il s’agit du regroupement de plusieurs régions administratives. Une fois les députés élus, ils disparaissent dans un Parlement européen dont le fonctionnement complexe est totalement méconnu. Le travail législatif n’est pratiquement jamais commenté par la presse. Compte tenu de la taille des circonscriptions, aucun lien n’existe entre les élus et leur mandants. On ne parle finalement d’Europe et de parlement européen qu’une fois tous les cinq ans. Difficile de faire pire…

Les partis ont tendance à passer des messages sans rapport avec l’élection pour mobiliser leur électorat. Dernier exemple jeudi. Nicolas Sarkozy présentant son quatrevingt milième plan pour la sécurité signant en creux un échec devenu évident.

Que se passera-t-il donc le 7 juin? Les sondages se multiplient. Cela ne remplace pas un résultat. Mais pourquoi le cacher, ils sont plutôt inquiétants. Ils indiquent une forte dispersion des oppositions à Nicolas Sarkozy, ce qui permet à l’UMP de maintenir une avance qu’elle ne doit qu’à la réunion de toute la droite dans un seul parti.

Ils nous reste une semaine pour convaincre qu’une victoire même relative de la droite ne signifierait rien de bon pour les européens. L’autre matin Jakubyszyn donnait lecture sur RMC du programme des droites européennes regroupées au sein du groupe PPE. C’était édifiant. on y apprend que la droite européenne entend faire de la relation transatlantique une priorité pour éfendre nos valeurs, “défendre les valeurs communes de l’occident“. A propos de la crise, on apprend que “c’est une crise de valeurs“. Les fautifs ce sont “les familles qui renoncent aux obligations et à l’épargne pour rechercher la facilité et le confort. ce sont les valeurs qui sont en crise“. A pleurer. Troisième exemple cité le développement de la culture génétiquement modifiée et la critique du manque de productivité de l’agriculture biologique…

Trois raisons supplémentaires de faire jouer l’alternance le 7 juin.

chronique de campagne européenne 4 (discours de Savigny le Temple) 

Classé dans : Coup de coeur, campagne, coup d'éclat, coup de gueule, coup de tête on Jeudi, mai 28th, 2009 by admin | 23 commentaires

Les socialistes tenaient meeting hier soir à Savigny le Temple avec Harlem Désir. Voici la retranscription de mon intervention :

Chers amis,

Je veux d’abord saluer Jean Louis Mouton et Alain Traca et à travers eux tous les élus,

Saluer Emeric Bréhier et avec lui l’ensemble des secrétaires fédéraux et parmi eux Eduardo Cypel et Laetitia Martig qui ont particulièrement œuvré pour cette campagne,

Saluer plus largement vous tous militantes et militants, sympathisants, qui avez accompagné ou aller accompagner cette campagne que nous menons dans notre Seine et marne avec Thomas Petit sur la liste que conduit Harlem Désir.

Chers amis,

J’avais déjà mené campagne voici cinq ans avec Laurent Bonsang. Alors lorsque nous avons démarré je me suis permis de dire – comme ancien, comme vétéran – à Thomas : « tu sais, c’est pas facile une campagne européenne »… Je ne disais pas ça parce que je suis en onzième place et qu’il faudrait un raz de marée pour être élu, et une épidémie de grippe pour que Thomas puisse nous suppléer… non,  je disais cela parce que, d’expérience, la simple mobilisation de nos concitoyens est un travail. En lui disant, je ne pensais pas - pour tout vous dire - que ce serait si difficile. Sur chaque marché, dans chaque réunion publique, notre premier combat, notre première ennemie, c’est l’indifférence, la résignation, l’abstention. Il y a tous ces visages qui restent fermés. Murés dans leur douleur. Celle du chômage, celle de la précarité, celle de la misère. « pourquoi voter ? Pourquoi encore voter ? Que pouvez-vous pour moi ? Que peut l’Europe pour moi ? Et puis la crise, elle a tout emporté… »

Mais justement, c’est là le premier enjeu du 7 juin, tout ce que nous avons à porter auprès de ceux qui sont dans le doute – et ils sont trop nombreux – c’est justement que c’est la crise qui commande plus d’Europe. Et en Europe plus de gauche ! Et au sein de la gauche plus de socialistes, pour plus d’efficacité !

Alors il faut faire campagne. sans relâche. Même si longtemps d’ailleurs, nous avons fait campagne un peu seuls… Nous étions pourtant prêts au débat. Nous sommes seine et marnais et nous avons cru - il est vrai un peu vite - que le débat serait ici plus vif qu’ailleurs puisque c’est Franck Riester député maire de Coulommiers qui avait été désigné comme directeur de la campagne UMP. Ce que nous n’avions pas compris c’est qu’il avait été nommé directeur pour une non-campagne… Que sa mission c’était d’entretenir la démobilisation…

La campagne de l’UMP est en effet, cher Harlem, un peu moins pénible que celle que tu nous imposes. Une campagne de l’UMP c’est : pas de tracts, pas de meetings, pas de réunions publiques. Pas de débat contradictoire. En seine et Marne, au seul qui ait été programmé - à l’initiative du mouvement européen - l’UMP n’est pas venue. Oh, ils avaient une bonne excuse ! C’était Le fameux soir de leur réunion unique…

Mieux encore, c’était avec Rachida Dati ! Et une réunion sur le Parlement Européen avec Rachida Dati cela ne se rate pas ! Chacun le sait, madame Dati a une vision particulièrement claire de ce qu’est l’Europe : « l’Europe s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper avec les personnes qui peuvent porter ces affaires à s’occuper »…

Je le dis en plaisantant. Je ne devrais pas. Alors que tant de Français doutent, la désinvolture est coupable. L’Europe ce n’est pas un parachute doré pour ministre en chute libre. L’Europe mérite mieux. Elle mérite des élus qui s’investissent. Elle mérite des Harlem, des Pervenche, des Benoit, des Monique, des Alain, des Thomas qui eux sont prêts à l’engagement. Prêts à faire changer l’Europe.

L’Europe mérite mieux qu’une UMP qui ne présente ses candidats que 30 jours avant l’échéance,

L’Europe mérite mieux qu’un parti qui s’affranchit de toute responsabilité en refusant d’assumer devant les électeurs son bilan depuis cinq ans,

L’Europe mérite mieux qu’un président qui n’offre qu’un jeu de postures et d’impostures.

Car enfin ! voilà une campagne qui démarre à droite avec un président qui à la veille du scrutin vient réveiller ses électeurs sur ses vieux thèmes, ses vieux fantasmes, ses vieilles peurs ! Quel serait l’enjeu du scrutin selon Nicolas Sarkozy ? L’adhésion de la Turquie ! Comme si cette question allait être tranchée dans les cinq prochaines années. Comme si la prochaine assemblée aurait à en décider.

A ce propos je veux simplement rappeler que sous présidence française, les négociateurs ont ouverts deux nouveaux chapitres du dossier d’adhésion et que lors de la révision constitutionnelle de juillet dernier, Nicolas Sarkozy a veillé à ce que soit retiré le verrou que Sarkozy Nicolas avait imposé à Jacques Chirac en 2005. Il s’agissait alors de soumettre à référendum tout nouvel élargissement. Cherchez l’hypocrisie, vous trouverez toujours Nicolas Sarkozy !

Non ce n’est pas la Turquie l’enjeu du 7 juin.

C’est plus concret. Parce que l’Europe c’est notre quotidien. L’Europe c’est l’avenir de notre environnement, c’est la sécurité alimentaire, c’est la protection des consommateurs, c’est la durée de notre temps de travail, c’est nos droits fondamentaux, c’est la protection des services publics, c’est même l’accès à des droits nouveaux comme Internet.

Comme le temps m’est compté, je ne vais pas égrener l’ensemble des combats nationaux qui trouvent leur prolongement en Europe. Je ne prendrais qu’un seul exemple tiré de l’actualité immédiate. A ceux qui se demandent à quoi peut servir l’Europe, je dis qu’elle peut servir à corriger la copie d’un gouvernement rétrograde. C’est ce qui s’est passé à deux reprises sur Internet et la loi Hadopi. Ne croyez pas que j’en veuille particulièrement à ce pauvre Riester, mais c’est encore lui qui était à l’œuvre comme rapporteur de cette loi… Mais là où le gouvernement français et sa majorité refusent de prendre en compte les évolutions liées à la société numérique, l’Europe elle avance. Et pour être honnête, au delà même de la seule gauche européenne.

Cette fois la remarque est pour Jean-François Copé. Parce que Jean-François Copé, il croit – je n’invente rien – que les 407 parlementaires européens qui ont adopté l’amendement Bono c’est le résultat – je le cite – d’une petite « manip » des socialistes français ! Ségolène serait là, elle nous conseillerait de l’excuser… Je me fais son interprète…  Alors, excusez Jean-François Copé ; depuis le 9 avril dernier, il voit des rideaux rouges partout. Des rideaux derrière lesquels se cachent des hordes de socialistes qui bondissent au dernier moment pour gagner les scrutins ! Alors imaginez ce cauchemar récurrent de Jean-François Copé jusqu’au 7 juin : un grand parlement rassemblant les parlementaires de 27 Etats membres, avec un immense rideau rouge derrière lequel ou plutôt devant lequel il retrouve 407 députés socialistes!..

Mes chers amis, le parlement européen est donc utile comme l’Europe l’est. Je suis européen comme vous. Quels qu’aient été vos votes passés.

Je continue de penser, quelles que soient les difficultés que rencontre l’Union européenne, qu’elle reste la plus belle aventure humaine et politique de la fin du siècle dernier et de ce siècle qui commence. Si il m’arrive de douter, ce n’est jamais de l’Europe, mais de la majorité qui la dirige. Cette majorité qui a été inspirée depuis trente ans par Reagan, Thatcher, Bush, et plus proche de nous par Aznar, Berlusconi, Barroso et Sarkozy qui en sont les derniers héritiers. Et c’est vrai notre Europe n’est pas la leur. Notre projet ne se confond en rien avec le leur.

· Oui je crois en l’Europe politique, celle qui donne une gouvernance économique à l’Europe, mais non je ne crois pas à une Europe qui s’identifierait à un seul homme, Non je ne crois pas à une Europe qui se limite à des réponses intergouvernementales, mais oui je crois à une Europe qui saurait inventer une réponse commune à la crise !

· Oui je crois en une Europe de la défense qui assure aux européens leur protection, leur liberté et leur autonomie de décision, mais non je ne suis pas favorable à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.

· Oui je crois à une Europe qui défend les agriculteurs, ce qui est très différent de la suppression des quotas et l’interdiction de fixer des prix de référence.

· Oui je crois en une Europe qui regarde l’avenir de chaque côté de la méditerranée, mais non mon Europe n’est pas celle qui exclut a priori les turcs parce qu’ils sont musulmans, et qui adopte une directive honteuse contre les immigrants parce qu’ils sont pauvres et peuvent croupir 18 mois sans autre forme de procès dans des centres de rétention.

· Oui je crois en l’Europe sociale qui harmonise par le haut les droits des travailleurs, fait converger les fiscalités et lutte contre le dumping qui met en concurrence les salariés et organise les délocalisations. Mais non, mon Europe sociale n’est définitivement pas celle de la directive Bolkestein, celle du temps de travail hebdomadaire à 65 heures, ou celle de la libéralisation des services publics.

Harlem le dira après moi, mieux que moi,

notre Europe c’est celle de la régulation financière,

celle de la relance économique à travers un gouvernement économique,

notre Europe c’est celle de la défense des services publics à travers une directive cadre,

notre Europe c’est celle d’un salaire minimum partout, selon les capacités et les potentiels de chaque pays !

c’est celle de la suppression des stock options, de l’interdiction des licenciements boursiers !

Sur tous ces sujets, nous avons besoin de l’Europe pour avancer.

Notre Europe, c’est quand même autre chose que celle de Nicolas Sarkozy !

Nicolas Sarkozy, il nous dit qu’il a réuni le G20. Très bien de réunir le G20. Formidable. Quelle photo ! Il nous dit qu’il a réussi à dresser une liste, celle des paradis fiscaux. Bravo… Mais si c’était pour avoir la liste, il aurait pu s’éviter beaucoup de peine et d’argent. La liste, nous l’avions. Il suffisait - s’il s’agissait juste de cela - de nous la demander !

Avec les paradis fiscaux, le problème ce n’est pas de les désigner, c’est de les interdire ! Avec le secret bancaire le problème ce n’est pas seulement de l’évoquer, mais c’est de le lever !

Avec Sarkozy, le problème ce ne sont pas les mots, mais les actes ! Alors que la crise était sensée avoir servi de révélation à la droite, alors que le président s’est engagé à refonder le capitalisme, la dérégulation continue. Et cela, au nom même de la crise ! Avec cette droite, le cynisme n’est jamais loin. Si on les écoute, c’est parce que les salariés ont trop de droits que le capitalisme va mal. Le chômage c’est parce que les chômeurs ne sont pas assez souples. Aujourd’hui même se poursuit la discussion d’une proposition de loi UMP à laquelle son porte-parole, Frederic Lefebvre a proposé d’ajouter un amendement que personne n’avait osé jusqu’ici. Les femmes enceintes, les malades, les infirmes pourront désormais télétravailler entre deux allaitements, deux soins ou deux souffrances !..

Pour sortir de la crise, comment pourrions-nous faire confiance à ceux qui nous y ont entrainé ? La réponse c’est nous  ! Alors nous devons être à la hauteur. Ce qui suppose notre unité.

L’unité c’est la première condition de notre crédibilité.

Ceux qui aujourd’hui se détournent de nous, le font non pas en raison d’un désaccord de fond avec ce que nous sommes, mais parce qu’ils ont le sentiment que chez nous les ambitions personnelles prennent le pas sur les ambitions collectives.

Ce soir, en ce moment même se tient un autre meeting. A Nantes. Ce soir, Ségolène Royal et Martine Aubry font meeting commun. C’est cette image là que les Français attendent de nous. Notre image lorsque c’est celle de notre unité, elle est belle. Mais elle doit être durable. C’est la promesse de Nantes. Partout, il nous appartient de la tenir.

Chers amis, j’en viens à ma conclusion;  il nous reste quelques jours, quelques heures. Pendant ces quelques jours et heures qui nous restent, vous allez croiser voisins, amis, famille, collègues…

Portez haut nos couleurs, proclamez haut nos valeurs ! Soyez fiers d’être socialistes ! Faites entendre notre voix.

Il y a un peu plus de 100 jours, un autre grand peuple a fait le choix de l’alternance. A nous de donner cette chance à l’Europe.

Le 7 juin les oppositions à Nicolas Sarkozy seront majoritaires, mais cela ne suffit pas. Il ne suffit pas d’exprimer un front du refus. Il faut exprimer une alternative. Et ça, seuls les socialistes peuvent l’offrir aux européens.

Le 7 juin avec Harlem, aidez nous à changer l’Europe, aidez nous à donner rendez-vous à la victoire !

Chronique de campagne européennes 3 

Classé dans : Coup de sonnette, campagne, coup de gueule, coup de tête on Samedi, mai 23rd, 2009 by admin | 35 commentaires

tract-harlem

Etrange campagne.

Elle a d’abord mis un temps fou à démarrer. Et puis les premiers arguments dégainés, voilà que nous en sommes déjà à commenter les résultats! Les journaux fleurissent de commentaires sur leurs effets supposés sur les carrières des uns et des autres. L’UMP aurait gagné. Le PS ne se se relèverait pas de ses divisions et Martine Aubry serait menacée par un destin à la Rocard. Bayrou aurait réussi son pari et cavalerait flamberge au vent jusquà la prochaine présidentielle. J’exagère à peine.

Ce scénario c’est celui que vendent les spin doctors de l’Elysée. Ils sont tellement pressés d’enjamber le scrutin européen, qu’ils répandent les rumeurs sur le prochain remaniement. L’effet médiatique recherché est double :

  • Accréditer l’idée que prochain évènement important de la vie politique c’est le jeu de chaises ministérielles qu’organise Nicolas Sarkozy, pas le vote du 7 juin.
  • Distiller le nom de Claude Allègre pour démobiliser au passage les électeurs socialistes, écoeurés de voir les vieilles gloires se vendre pour pas cher.

Aucun média ou presque ne rappelle que la droite est historiquement faible. Que l’UMP, seul parti à soutenir son action est en dessous de 30%

Etrange campagne aussi parce qu’en quinze jours, les médias compriment le travail qu’ils répugnent à faire, au quotidien. Qui rend compte du travail parlementaire à Strasbourg ou à Bruxelles? La plupart des journaux n’ont même pas de correspondant permanent pour suivre l’actualité européenne !

Coment s’étonner dès lors qu’aux tracts que nous distribuons, les passants nous répondent trop souvent par un sourire poli : “c’est courageux de faire ce que vous faites, mais franchement cela nous indiffère“. En quelques secondes, il faudrait tout à la fois rappeler le fonctionnement de nos institutions européennes, faire le récit de cinq ans de mandat, et énoncer les principales propositions clivantes…

Alors, en courant derrière les unes et les autres, à la sortie d’un RER, sur le parking d’un supermarché, la devanture d’une boulangerie, nous essayons de vous dire que si le 7 juin l’alternance joue, la gauche mettra en place un bouclier social pour les salariés, les chômeurs, les retraités. Il comprendra notamment :
- Un salaire minimum dans chaque pays européen pour stopper les délocalisations
- Une directive pour empêcher les licenciements boursiers ;
- Une « clause de progrès social » pour qu’aucune directive ne puisse affaiblir nos droits sociaux ;
- Une directive cadre pour protéger les services publics.

Et cela ne vaudrait pas la peine de se mobiliser?

Chronique de campagne élections Européennes 2 

Classé dans : campagne, coup de blues on Dimanche, mai 17th, 2009 by admin | 16 commentaires

eurovision-kaas

Mardi 15:00 Assemblée nationale. Séance des questions au gouvernement. Au 1er rang du banc des ministres, le tandem Dati-Barnier. Aucun des deux ne semble très pressé de sortir de sa peau de ministre pour entrer dans celle de candidat. Bruxelles est encore synonyme d’exil et de punition à l’UMP…

Mardi 16:15 Vote solennel sur la loi Hadopi. Cette fois les boulons ont été vissés. Pas question pour la majorité de se faire à nouveau déborder. Pourtant 44 députés UMP refusent de jouer les godillots et s’abstiennent. Ces 44 là savent que leur patron JF-Copé se moque du monde lorsqu’il dit que l’amendement Bono adopté au Parlement européen (par 407 voix et qui contredit Hadopi) est le résultat d’une “manip” des socialistes. Au Parlement européen, la gauche est minoritaire. Il a fallu une bonne part des voix de la droite pour que soit votée l’obligation de passer par l’autorité judiciaire lorsque l’on veut couper un abonnement Internet. Il faut toute la démagogie de la droite française et le soutien objectif des majors et des grands médias (TF1 ne s’en cache pas) pour laisser croire aux artistes que cette loi est une réponse au téléchargement illégal. A ceux qui se demandent à quoi sert le Parlement Européen, voilà une réponse : à corriger les erreurs du gouvernement français sur Internet. Pour le prochain round, la discussion avec le conseil de l’Union, mieux vaudrait des députés anti Hadopi en nombre. A bons entendeurs…

Mercredi 19:30 Paris. Cirque d’hiver. La salle est comble. Jeunes et vieux militants sont venus. les drapeaux virevoltent. Les intervenants expriment dans leur diversité ce que les socialistes portent dans cette campagne. Pourtant, il manque quelque chose. Ce quelque chose est exprimé en creux par ce slogan cent fois scandé par la salle : “tous ensemble, tous ensemble, socialistes“! La recherche obsessionnelle de l’unité couvre nos propositions pour ce scrutin.

Vendredi 20:00 Brie Comte Robert. Salle de “la clé des champs”. Le mouvement européen 77 a invité les candidats seine-et-marnais. Seule l’UMP a jugé inutile de venir. Pas même un représentant. On ne peut dire mieux son mépris pour le débat européen. Quel cynique jeu de rôle entre Bruno Lemaire, ministre des affaires européennes qui se désole de l’abstention prévisible et l’UMP qui se méfie d’une participation qui pourrait tourner au vote sanction de deux années de politique de Nicolas Sarkozy…

Samedi 21:00 Moscou, concours de l’Eurovision. Il n’y a pas qu’en politique que les sondages ne sont pas prédictifs… Patricia Kaas était - parait-il - favorite pour ce tour de chant, elle n’est arrivée que 8ème. Décidément l’Europe ce n’est pas “la France en grand” comme le proclamait autrefois les affiches du RPR lorsque ses dirigeants voulaient faire avaler la pilule de l’Union à leurs électeurs réticents. Les Européens ne s’inclinent pas spontanément devant le “génie français“. L’Europe c’est un ensemble de 27 pays qui demandent à être traités à égalité d’égards et de dignité. La remarque vaut pour de nombreux politiques français, avec une spéciale dédicace toutefois pour Nicolas Sarkozy dont la présidence fût un modèle d’autopromotion.

Dimanche 11:00 Champs sur Marne, parking de Carrefour Pyramides. Nous tendons nos tracts aux passants. Ce serait beaucoup dire que nous suscitons un grand intérêt. Il faut se battre pour convaincre chacun-e de l’intérêt de l’élection européenne. Sur toutes les lèvres : “la crise est là, vous ferez tous pareil“. Répéter et répéter encore. Non, une majorité de gauche ne ferait pas la même chose. Cete crise n’est pas venue par hasard. Elle est la conséquence d’une politique ultra libérale conduite de Reagan jusqu’à Bush aux Etats-Unis. Les derniers partisans de Bush en Europe s’appellent Barroso, Berlusconi et Sarkozy… Les américains ont choisi il y a un peu plus de 100 jours B. Obama. L’Europe aussi a droit à l’alternance le 7 juin.

Votez pour le “Manifesto” (chronique Européennes. J - 30) 

Classé dans : campagne, coup de blues on Vendredi, mai 8th, 2009 by admin | 12 commentaires

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A droite, les listes ne sont complètes que depuis hier. Un mois jour pour jour avant le scrutin. La campagne pour les élections européennes va peut-être enfin commencer.

Cela fait quinze jours que je parcours la Seine et Marne pour éveiller à l’intérêt du vote le 7 juin prochain. C’est peu dire que la campagne ne mobilise guère pour le moment. Partout l’ignorance et l’indifférence. C’est pour cela que la désinvolture de Rachida Dati le 23 avril, lorsqu’elle a montré le peu d’intérêt qu’elle portait à une assemblée où elle est appelée à siéger, est véritablement coupable. Difficile d’accepter que l’Europe soit ainsi traitée. Comme un vulgaire parachute doré pour Ministre en torche.

Je suis candidat sur la liste socialiste en Ile de France, liste conduite par Harlem, Pervenche et Benoit, tous les trois députés sortants aux solides états de service. Je suis en onzième position. Ce qui signifie qu’il faudrait sans doute près de 90% des voix pour que je sois élu… Si j’ai voulu cette place non éligible (comme il y a cinq ans), c’est parce que je suis un militant. Je crois à cette formidable avanture humaine qu’est l’Europe. Comme tous, il m’arrive d’être solidement ébranlé par les politiques conduites, mais justement jamais par la nécessité de construire l’Europe. Ce qui ne va pas en Europe, c’est la majorité qui la dirige. Cette majorité qui de directive Bolkestein,  en directive temps de travail, cherche à libéraliser, à déréguler et hélas à déshumaniser aussi parfois (directive retour).

L’élection au Parlement Européen a un impact sur nos vies. C’est en Europe que se décident les durées maximales hebdomadaires du travail, c’est en Europe que peuvent s’inventer les nouvelles règles pour encadrer le marché, c’est l’Europe qui seule est à même de prendre la dimension du désastre écologique.

Certains vous diront : “A quoi bon? la crise est là. Les européennes qu’est-ce que cela va changer“? C’est ceux-là justement qu’il faudra convaincre que la crise économique, financière et sociale ne rend pas négligeable mais incontournable cette élection.

Les socialistes des 27 Etats membres se sont rassemblés autour d’un programme unique “le manifesto”.

Je reviendrai régulièrement au cours des prochaines semaines sur nos propositions très concrètes. Je veux aujourd’hui simplement insister sur cette formidable opportunité. Seuls les partis du “manifesto” ont fait ce travail commun. Eux seuls peuvent demain constituer l’épine dorsale d’une nouvelle majorité qui change l’Europe.

Le projet européen doit aujourd’hui trouver un nouveau souffle. Social. Qui d’autres que les socialistes peuvent y conduire?

Le débat interdit 

Classé dans : campagne, coup d'éclat, coup de gueule on Vendredi, mai 1st, 2009 by admin | 33 commentaires

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Voilà une histoire que vous ne lirez nulle part ailleurs. Une histoire où la gauche a des idées, un projet et n’est pas déchirée. Une histoire qui n’intéresse donc pas les rédacteurs en chef.

Mardi 29 avril. 11 heures. A l’intérieur de la cour de l’Elysée, les journalistes attendent la sortie du conseil des ministres. Dehors un camion que le groupe socialiste a loué. Sur ses flancs, une adresse à Nicolas Sarkozy : “Monsieur le Président, trouvez-vous normal que les boucliers ne protègent que les riches?” Le premier tour de l’Elysée achevé, la police reçoit la consigne du cabinet du Chef de l’Etat de stopper le véhicule, à l’écart. Les collaborateurs du groupe rappellent aux forces de l’ordre que le code de la route n’a pas interdit les abords du palais aux camions publicitaires. Peu importe. Un long contrôle d’identité commence, le temps que les journalistes partent.

Le camion publicitaire a pour objet d’annoncer les propositions de lois socialistes débattues le lendemain à l’assemblée nationale.

Mercredi 30 avril. 9h30. A l’intérieur de l’hémicycle plus de deux cent cinquante députés présents un jeudi matin pour débattre des mesures du PS. La veille du 1er mai, le groupe socialiste dispose, pour une journée, de la maîtrise de l’ordre du jour de l’assemblée nationale. Les socialistes ont décidé d’utiliser cette opportunité pour que le débat démocratique puisse avoir lieu dans notre pays sur l’ensemble des rémunérations. C’est-à-dire celles des dirigeants d’entreprises cotées, mais aussi celles des millions de salariés qui n’ont souvent d’autre horizon que celui du gel de leurs salaires.

Ainsi le 1er débat autour de la proposition de loi «hauts revenus et solidarité » permet de poser les bases minimales d’une politique concernant les hauts revenus, bases sans lesquelles les fondements même de la cohésion nationale sont menacés.  Il est d’abord nécessaire de mettre un terme à la protection indécente dont disposent les plus gros patrimoines,  il est ainsi proposé :
-    L’abrogation du bouclier fiscal
Il est ensuite nécessaire de contrôler drastiquement l’usage de l’argent des contribuables lorsque l’Etat participe à la recapitalisation d’une entreprise. Ainsi il est suggéré :
-    le plafonnement des salaires des dirigeants d’entreprises aidées
Au-delà, il est indispensable de mettre fin au chapelet de scandales dévoilés ces dernières semaines sur les avantages disproportionnés que se sont accordés certains dirigeants d’entreprises. Ainsi il est demandé :
-    la suppression des stocks options sauf pour les salariés des entreprises de moins de cinq ans,
-    la suppression des parachutes dorés,
-    la limitation des retraites chapeaux.
-    La transparence des rémunérations des dirigeants d’entreprises
-    Le plafonnement entreprise par entreprise des rémunérations des dirigeants

La seconde proposition de loi « augmentation des salaires et protection des salariés et des chômeurs » a pour objet de remettre la question salariale au cœur du débat public, de privilégier les dispositifs de création d’emploi et de garantir l’indemnisation, la reconversion et le suivi de ceux qui basculent dans le chômage. Il est ainsi proposé :
De contribuer à l’augmentation des salaires par le :
-    Conditionnement du maintien des allègements de cotisations sociales patronales à la conclusion effective d’accords salariaux annuels
De soutenir la création d’emplois par la :
-    Suppression des dispositions rendant les heures supplémentaires moins onéreuses que les « heures normales » et conduisant à la destruction ou à la non-création d’emplois
De protéger et accompagner vers l’emploi les chômeurs par :
-    Augmentation des protections des salariés licenciés (indemnisation, formation, notamment généralisation sur l’ensemble du territoire du contrat de transition professionnelle)
-    Prolongation exceptionnelle de l’indemnisation des précaires (Interim, CDD), premières victimes de la crise.

Jean-François Copé qui n’est plus qu’amertume depuis le vote surprise sur la loi Hadopi, écume. Alors que cela ne s’est jamais produit sous la 5ème République pour une proposition de loi, l’ambitieux président du groupe UMP a voulu soumettre au vote une motion interdisant de poursuivre le débat. Après des échanges houleux, une passe d’armes d’anthologie avec Jean-Marc Ayrault, une suspension de séance a été demandée par les socialistes pour permettre à la conférence des présidents de se réunir. Elle ne s’est jamais réunie, mais pendant cette demie heure de réflexion, les députés UMP ont passé leur patron sous la douche. Ils lui ont demandé de mettre la pédale douce et de ne pas alimenter par ses provocations une tension désormais palpable.

Ce recul de Copé ayant pour effet de prolonger le débat, le gouvernement a annoncé un vote bloqué sur les articles et amendements, mardi prochain, jour du vote solennel. Le débat s’est donc poursuivi, mais sans votes. Le gouvernement a ainsi organisé l’absentéisme des députés UMP qui ont pu déserter l’hémicycle sans crainte d’être mis en minorité. En pleine polémique sur l’absence chronique de certains élus, les élus UMP sont partis en week-end plutôt que d’assumer la confrontation politique. Honteux, non?

Le problème de la droite, c’est qu’elle a un problème culturel avec la démocratie parlementaire qu’elle juge superflue. C’est le cas de Sarkozy. Ce n’est pas différent avec Copé partisan d’une “coproduction législative” qui n’a au delà des mots, jamais connu aucune traduction concrète. JF Copé voudrait incarner l’alternative à droite à N. Sarkozy. Il n’en est que la réplique.

Triste pays où la majorité n’assume pas le débat avec son opposition. Triste pays où les syndicats sont méprisés le 1er mai. Triste pays où monte la radicalité parce que le dialogue est rendu impossible par une conception personnelle du pouvoir. Triste pays où ce sont les riches que l’on protège et les plus pauvres que l’on stigmatise. Triste pays que celui que dirige Nicolas Sarkozy depuis près de deux ans.

Sa vie mal dessinée 

Classé dans : Coup de coeur, soutiens on Dimanche, avril 26th, 2009 by admin | 8 commentaires

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On dit que les romans - fussent-ils graphiques – servent à cacher un secret, une faute, une erreur, une faille… Le sentiment laissé à la lecture de « ma vie mal dessinée » (1)  c’est au contraire que Gipi, l’auteur, n’a rien omis et a creusé dans ses douleurs les plus profondes. Son trait noir, fragile, griffe le papier. La vie réelle n’est qu’esquisses et lorsque la couleur apparaît, c’est paradoxalement pour décrire ses cauchemars : longtemps les peurs se sont superposées et imposées au réel ; elles seules étaient nettes quand la vie demeurait encore floue.
Gipi offre une autobiographie émouvante au dessin superbe. En se mettant à nu, il livre un destin, le sien, contrarié par la lâcheté, la culpabilité, la fuite, la maladie… Le sujet est grave, mais le propos reste volontairement léger. Comme dans « Notes pour une histoire de guerre » (2), Gipi aborde la question de l’adolescence. Il décrit avec justesse et humour ce territoire où alternent sensation de force, d’immortalité et découverte de la faiblesse. Avec cette nouvelle œuvre, Gipi confirme qu’il est l’un des auteurs majeurs de la bande dessinée et sans doute davantage.

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(1) Gipi « Ma vie mal dessinée » édition Futuropolis.

(2) Prix du meilleur album au festival d’Angoulême 2006

L’empereur du Mandchoukuo 

Classé dans : coup de gueule on Jeudi, avril 16th, 2009 by admin | 20 commentaires

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Mais que se passe-t-il donc sur cette photo? Que cache cette haie de journalistes, cameramen et  photographes?

C’était hier à l’Assemblée. Que se passait-il? Rien ou pas grand chose. La conférence des présidents venait de s’achever pour annoncer que le projet de loi Hadopi (Création et Internet) sera réexaminé dès le 29 avril prochain en séance publique.

La conférence des présidents est devenue la chambre d’enregistrement des désirs présidentiels. Elle n’est plus qu’un théâtre où la majorité joue une mauvaise pièce dont les dialogues ont été écrits entre l’Elysée et l’UMP. Le président de l’Assemblée n’était même pas rentré de son voyage à Moscou que le président du groupe UMP avait déjà annoncé le programme de rentrée.

On nous a beaucoup vanté la réforme constitutionnelle. Revaloriser le Parlement, cela devrait commencer par respecter ses votes ! Le rejet du texte Hadopi exprime un malaise vis-à-vis d’un texte obsolète. Après un rejet, il serait normal, légitime et souhaitable de prendre le temps de la réflexion, de se remettre autour de la table et de traiter le sujet avec le sérieux qu’il mérite. Hélas l’UMP n’a eu qu’une obsession, celle du passage en force pour laver la blessure d’orgueil de Messieurs Sarkozy et Copé.

Les conditions d’examen du texte seront abracadabrantesques. Le texte Hadopi sera rediscuté le jour de la rentrée parlementaire. La commission des lois se réunira le lundi pour un débat en séance le mercredi. Le délai de dépôt des amendements entre la commission et la discussion générale sera de 24 heures puisque c’est désormais le texte issu de la commission qui est débattu dans l’hémicycle.

Depuis l’entrée en vigueur de la réforme constitutionnelle, nous devions avoir, chaque mois, une semaine d’initiative parlementaire. Cette règle n’a jamais été respectée. Le premier mois c’est le collectif budgétaire qui a été discuté. Ce mois-ci c’est le projet Hadopi qui sera débattu… La semaine d’évaluation et de contrôle suit la même pente. Le premier mois, trois débats ont été organisés (Recherche, PAC, maisons de l’emploi). Le mois prochain il n’y aura plus que deux séances consacrées à l’évaluation et au contrôle alors que c’était présenté comme une semaine entière de contrôle !

Nous assistons à la caporalisation du Parlement. Son président c’est l’empereur fantoche du Mandchoukuo (1) : l’apparence sans les attributs du pouvoir. Son autonomie par rapport au président de la République et au président du groupe UMP est nulle. Il exprime des regrets, mais plie toujours. Debré, Chaban, Séguin, Mermaz, Fabius, Emmanuelli, Forni avaient le souci de l’institution et la force de résister.  Accoyer est dans le renoncement. La réforme annoncée du Parlement va prolonger le déclin de l’institution en aseptisant totalement ses débats.

Pour éviter de prendre ses responsabilités sur le projet Hadopi, le gouvernement cherche à déplacer le débat sur le terrain de l’absentéisme parlementaire. Mais ce n’est qu’un subterfuge. Pendant que Karoutchi montre du doigt les absents, Copé explique déjà que les sanctions sont impossibles et que le cumul des mandats est nécessaire. Le jeu des faux-semblants continue.

La vérité c’est que lorsque le débat est réel il y a beaucoup de monde à l’assemblée.
Vous verrez le 30 avril (2), lors de la discussion de nos propositions de loi, il y aura beaucoup, beaucoup de monde dans l’hémicycle. De droite, comme de gauche.

_______________

(1) Le dernier empereur de la dynastie Qing fut installé en 1932 par les Japonais comme chef de l’exécutif et en 1934 comme empereur du Manzhouguo. Le pays est alors nommé Grand Empire mandchou. Il est totalement sous contrôle des japonais.

(2)Le 30 avril l’ordre du jour est réservé au groupe socialiste qui mettra en débat trois propositions :

Suppression du délit de solidarité (aide aux clandestins. Cf. film Welcome) :
http://www.assembleenationale.fr/13/dossiers/delit_solidarite.asp

Augmentation des salaires et protection des salariés et des chômeurs  :
http://www.assembleenationale.fr/13/dossiers/augmentation_salaires.asp

Impôt sur le revenu : hauts revenus et solidarité. Cette proposition de loi vise à supprimer le bouclier fiscal et à encadrer les rémunérations des dirigeants des entreprises aidées par l’Etat :
http://www.assembleenationale.fr/13/dossiers/hauts_revenus_solidarite.asp

Retour sur le dernier conseil municipal 

Classé dans : Coup de fatigue, coup de tête on Mardi, avril 14th, 2009 by admin | 6 commentaires

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A priori, cela peut sembler curieux, voire suspect…

Je veux donc entamer mon propos en rassurant les plus inquiets, je n’ai pas passé Pâques à relire les volumineux dossiers du dernier conseil municipal consacré au budget ! Mais les longs week-ends du printemps servent à faire le tri dans les papiers qu’on amasse, la fonction d’élu confinant parfois à celle d’archiviste…

Je retombe sur la Une des Echos du 8 avril “la hausse des impôts locaux atteint de nouveaux sommets“. Que constate ce grand quotidien économique? Une hausse moyenne de 5,1% de la fiscalité locale. Cette hausse n’est pas le fruit de l’impéritie des collectivités mais, est essentiellement liée à l’absence de compensation intégrale par l’Etat. En clair, l’Etat annonce la première année qu’il donnera aux communes l’argent qui correspond aux tâches qu’il ne veut plus prendre en charge. Les années suivantes, la promesse s’effiloche tandis que les charges elles augmentent.

Dans ce contexte, il fallait saluer l’exercice qui a consisté à Champs (comme à Torcy, Noisiel ou Lognes) à ne pas augmenter la pression fiscale sans dégrader parallèlement les prestations offertes.

Mais la droite n’a pas eu cette audace. L’opposition municipale, qui tablait sur une hausse significative des taxes foncières et d’habitation a été prise à contre-pied. Perturbée, elle n’a pas trouvé de positionnement crédible. M. Dubois avait annoncé lors du débat d’orientation budgétaire qu’il présenterait en mars un contre budget. On allait voir ce qu’on allait voir ! Et bien nous n’avons rien vu… En fait de projet alternatif, la droite campésienne a tenté de défendre une esquisse de proposition sans aucun élément écrit ni construit.

Tout était à l’avenant. Le principal élément était la programmation de la baisse des impôts. Nous avons déjà dit en janvier le caractère purement doctrinaire de cette proposition. Cette fois nous avons aussi compris que cette baisse serait ridicule puisque lorsque j’ai interrogé M. Dubois sur le bénéfice attendu pour les campésiens, il a reconnu que cela représenterait une baisse de 80 centimes par mois et par habitant… Plus gravement encore M. Dubois a plaidé pour des coupes claires dans le budget municipal sans jamais savoir en définir les critères . Au final c’est une droite désemparée car sans vision alternative qui a cherché à faire bonne figure avec quelques idées paresseuses, souvent démagogiques, sans doute rassemblées à la hâte, griffonnées sur un coin de table et sans rapport avec le début d’une réflexion sur les enjeux à relever par notre commune.

Dans la majorité nous avons commencé par sourire au spectacle offert par l’UMP. Nous avons eu tort. A vaincre sans péril, notre triomphe fût sans gloire.

D’un tremblement de terre à l’autre 

Classé dans : coup de tonnerre on Mercredi, avril 8th, 2009 by admin | 11 commentaires

poupees-anciennes

La dernière fois c’était en 1929. Un monde heureux basculait dans une crise qui ouvrit alors les portes au pire. Depuis il y a eu des répliques à ce séisme mondial, mais rien de comparable. Les spasmes étaient localisés.

En 2008, la terre a de nouveau tremblé. Toute entière. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Cette fois encore le désastre a pour épicentre le pays des subprimes, des titres pourris, des fonds spéculatifs, des produits financiers “toxiques”…

Il faudrait être désormais fous pour ne pas chercher à tirer les leçons de l’Histoire. C’est ce que nous nous sommes employés à faire hier soir avec Pierre Alain Muet, député du Rhône, ancien président du Conseil d’Analyse Economique qui nous faisait l’amitié de venir à Champs.

Comme en 1929 la crise a deux causes. La première est évidente. Un château de cartes financier qui repose sur la dernière…

Faut-il rappeler l’insensé jeu de dominos de ces dernières années?

1. des ménages américains peu solvables 2. mais que l’on pousse à consommer 3. au moyen de crédits subprimes à taux variables indexés sur le taux directeur de la FED 4. Ces prêts sont hypothéqués pour compenser une éventuelle insolvabilité par la vente des maisons 5. Quand la FED a relevé ses taux pour corriger l’inflation, les intérêts des crédits subprimes se sont en conséquence envolés 6. Les acheteurs les plus modestes ont revendu 7. Ils ont ainsi contribué à l’effondrement des prix de l’immobilier dont la valeur est passée en dessous de la valeur des crédits… 8. Ces défaillances en chaîne ont fini par peser sur les revenus des organismes prêteurs, mais pas uniquement sur eux, car ces créances avaient été converties en titres, vendus à des fonds d’investissements et à des banques 9. la diffusion a été large et  la “titrisation était devenue un sport national 10. le nombre d’investisseurs touchés, loin de diluer le risque l’a amplifié et a permis la contagion à l’ensemble de la planète…

La deuxième cause identifiée, c’est la pression constante sur les salaires. Comme en 1929, la crise a été précédée par une formidable explosion des inégalités. les écarts de revenus sont passés d’un rapport de un à trente à un rapport de un à trois cent. Sans justification. Et pendant ce temps la consommation des ménages modestes s’est financée par leur endettement exponentiel. Cherchez l’erreur.

En 1929, la solution est venue pour une large part des Etats-Unis et par la politique mise en oeuvre d’un “new deal” proposé à partir de 33 par Franklin Delano Roosevelt : séparation des banques d’affaires des banques de dépôts, installation de “l’Etat providence“, correction des inégalités par une politique fiscale que la droite française qualifierait de confiscatoire et punitive aujourd’hui (1).

En 2009, la solution semble encore dépendre d’un président américain charismatique, Barack Obama. La réunion du G20 la semaine dernière, loin de suffire, a toutefois jeté les bases d’une coopération nécessaire. La convocation d’un nouveau rendez-vous en septembre donne l’espoir de nouvelles avancées en matière de relance ou de régulations.

Le plus grand regret que nous puissions formuler? Que de Roosevelt à Obama, l’Europe n’ait pas trouvé la force de faire émerger d’elle même un modèle et une vision. Comme si nos douze étoiles n’avaient toujours pas l’éclat de celles qui ornent la bannière étasunienne.

________________

(1) Roosevelt a fait grimper le taux marginal de l’impôt de 25 à 63% en 1933. Puis à 63% et enfin à 91% en 1941.  Le taux marginal s’est ensuite stabilisé pendant cinquante ans autour de 80% ! Dommage que Nicolas Sarkozy ne s’inspire que des USA de Bush et Reagan et pas des USA de Roosevelt…

Et nos amours… 

Classé dans : Coup de coeur on Lundi, avril 6th, 2009 by admin | 4 commentaires

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Sean n’est pas un auteur comme les autres puisque c’est mon petit frère. Frère de lait, généalogiquement cousin germain. Nous avons été élevés ensemble lorsqu’il est arrivé de Saïgon en 1972. Vietnamien comme moi par sa mère, son père est britannique. Sans parent francophone, sa passion pour la langue française qu’il a découverte à son arrivée à quatre ans, ne s’est jamais démentie. Depuis longtemps son goût pour les mots, la syntaxe, les phrases ciselées a trouvé à s’exercer dans la critique littéraire (notamment à Libération). Souvent j’ai pensé qu’elles étaient mieux écrites que les livres auxquelles elles se rapportaient. Autant dire que ce premier roman, il y a longtemps que je l’attendais…

Ce sont aux vers d’Apollinaire que Sean a emprunté son titre :

Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure (…/…)

Dans ce livre, difficile de dire dans quel ordre viennent la joie et la peine. Pas vraiment de repères chronologiques. Juste un tourbillon. Dans l’ordre aléatoire de la mémoire du narrateur les vies de Pierre, Martin, Hannah, Hélène s’enchevêtrent au rythme de leurs corps. « Et nos amours », c’est l’histoire de vieux adolescents qui aborderont bientôt les rives de la quarantaine, qui doutent de la possibilité de donner un sens à l’existence et s’épuisent à la recherche de l’amour, celui d’avant, celui d’après, celui qui fuit toujours.

« C’est elle qu’il porte mais c’est lui qui plane, elle lui a pardonné son retard comme elle lui pardonne tous ses défauts. Martin s’en tire bien. Ils font l’amour un peu, souvent, passionnément comme un jour ils ne feront plus l’amour, comme un jour ils se quitteront. Un jour, pas ce jour. »

Passions fragiles, destins précaires, illusions à la dérive, « Et nos amours » dessine le portrait intimiste d’une génération flottante pour qui la crise est un état permanent, presque un élément d’identité.

J’aimerais vraiment vous avoir donné envie de le lire.

Que faites vous le 7 avril prochain? 

Classé dans : Divers, coup de blues on Mardi, mars 31st, 2009 by admin | Pas de commentaire

La section PS de Champs a le plaisir de vous inviter à une réunion exceptionnelle autour de :
Pierre-Alain MUET
Député du Rhône,
Economiste, ancien président du Conseil d’Analyse Economique

Que reste-t-il des dogmes libéraux ?
Quelles réponses la gauche peut apporter à la crise ?

Mardi 7 avril prochain
salle Jean Hallais (place Matteoti à Champs sur Marne)

à 20h30
Nous espérons vous retrouver à l’occasion de ce débat de qualité au cours duquel vous pourrez intervenir et poser toutes vos questions.

Il est temps de changer d’heure 

Classé dans : Coup de sonnette on Lundi, mars 30th, 2009 by admin | 10 commentaires

dsk-a-vous-de-juger

L’hiver économique et social aura une fin. Mais quand? Personne n’ose se hasarder à un pronostic précis.

Pour le moment, les annonces de plans sociaux se traduisent en cohortes de nouveaux demandeurs d’emploi. 90 000 en janvier, 80 000 en février, la croissance exponentielle du chômage des jeunes (+ 21,6% en un an)… Il n’y a que Christine Lagarde pour évoquer une “progression contenue“. Dormez braves gens…

En septembre dernier, la situation financière mondiale avait des airs de crise virtuelle, cantonnée à une “bulle financière” à laquelle nous ne participions pas. Mais c’est tout le système qui a été corrompu et la contagion a gagné tous les pays. Jusqu’au bout du monde la crise traque ses proies.

Dans ce contexte, nous connaissons depuis quelques semaines un débat surréaliste autour de la distribution de stocks options ou de “parachutes dorés” pour quelques gagnants autodésignés de la loterie nationale. Il y a ainsi des gens indécents qui pensent que l’argent des contribuables modestes, des salariés précaires, doit servir à leur maintenir des “bonus”. Il y a des gens obscènes qui pensent qu’ils méritent tout même quand les autres n’ont plus rien. Il y a des gens que la morale a quitté, à moins que ce ne soit l’inverse.

Même les plus libéraux s’émeuvent. Le Président de la République - dans un exercice désormais répétitif -ressort les violons. Et comme la presse souligne le décalage entre le discours et les actes, l’Elysée opère un mouvement  : C’est juré, on écrira un petit décret. Mais le petit décret ne contiendra pas les prochains scandales. L’Elysée ferme la porte aux abus, mais prend soin de laisser grandes ouvertes les fenêtres… Il n’est même pas prévu de plafonner les salaires des dirigeants d’entreprises ayant bénéficié d’une recapitalisation avec de l’argent publique.

La cécité du pouvoir est telle qu’il est difficile de ne pas y déceler une ligne politique cachée : tenir bon pendant la crise pour tout recommencer après la crise.

La crise devrait au contraire nous conduire à repenser le système. Deux exemples  :

  1. les stocks options doivent-elles être maintenues ? Elles ont une justification pour les entreprises naissantes - sans capital mais à fort potentiel de développement - qui offrent ainsi un revenu différé à des salariés qui ne les rejoindraient pas sans la perspective de gains futurs. Mais quel sens cela prend-il pour des dirigeants d’entreprises déjà cotées en bourse ?  La réalisation de leurs stock options dans les conditions optimales devient leur obsession. Le cours de l’action transforme leur horizon. Voilà un mécanisme qui éloigne les dirigeants de toute vision et projet d’entreprise, les aliène aux desiderata des seuls actionnaires et les aveugle parfois jusqu’au délit d’initié.
  2. L’échelle des salaires compte-t-elle trop de niveaux ? Il ne s’agit pas de tout égaliser, mais de s’interroger. Personne ne songe à la création de soviets ou à collectiviser les moyens de production. Mais quel travail vaut 600 fois celui d’un smicard? La question est longtemps parue incongrue. Voilà une excellente opportunité de se la reposer. Qui ne voit que la cohésion sociale est menacée quand, d’un côté les fins de mois commencent le 15 et, de l’autre, l’Etat restitue des chèques représentant 300 smics à certains bénéficiaires du bouclier fiscal?

Ce n’est pas tout à fait ce qu’a dit Dominique Strauss-Kahn jeudi dernier dans l’émission “A vous de juger“. Je ne voudrais pas extrapoler. Le directeur du FMI est resté dans son rôle, mais il avait un discours à peine subliminal qui appelait au changement des règles du jeu. Il flottait au dessus de l’organisation internationale un air de musique social-démocrate. Cet appel était d’autant plus crédible qu’il ne reposait sur aucun fond démagogique.

L’hiver aura une fin. Il faudra juste penser à changer d’heure.

C’est l’histoire d’un divorce…. 

Classé dans : Divers on Vendredi, mars 20th, 2009 by admin | 11 commentaires

manif-19-mars09

C’est l’histoire d’un divorce…

Jeudi 19 mars. Alors que les Français manifestent une nouvelle fois pour l’emploi, le pouvoir d’achat et la défense des services publics, les députés sont en séance pour débattre de la loi de finances rectificative. Le débat se focalise autour du fameux “bouclier fiscal”.

Dehors, il y a plusieurs millions de citoyens qui défilent, précaires, stagiaires, étudiants, licenciés, chômeurs, salariés du public et du privé, dans l’automobile, la sidérurgie, la raffinerie…

Dans l’hémicycle, il y a Pierre Méhaignerie qui s’adresse à ses collègues de droite. Il leur dit simplement “nous ne sommes pas dans l’esprit de justice“. Ces mots forts résonnent à droite dans le vide. Jean-François Copé prend la parole pour faire la leçon : les Français ont un problème avec les riches et l’argent. Circulez, il n’y a rien à voir…

Dans la rue, il y a des gens qui ont été rattrapés par la crise, d’autres qui craignent de l’être demain, d’autres enfin qui croient que dans la vie, on ne peut pas penser qu’à soi.

A l’Assemblée, l’UMP a mobilisé. Ils sont nombreux. Silencieux derrière leur chef de file, ils sont juste venus pour repousser les amendements des socialistes et de P.Méhaignerie.

Entre République et Nation, les manifestants ne savent pas encore. Ils ne savent pas que le bouclier fiscal permet aux contribuables dont le patrimoine est supérieur à 15,5 millions d’euros de bénéficier cette année d’une restitution d’un montant de 368 000 euros, soit 30 années de SMIC ! Ils ne savent pas que Philippe Séguin qui préside le Conseil d’Orientation du Prélèvement évalue la menace d’évasion fiscale annuelle à 17 millions d’euros tandis que le bouclier coûte cette année 458 millions… Ils ne savent pas que ces 458 millions c’est très exactement l’économie que réalise l’Etat en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux dans les écoles, dans la recherche, dans la justice, dans les quartiers etc.

C’est l’histoire d’une majorité devenue sourde au pays qui l’a portée au pouvoir. C’est l’histoire d’une majorité qui préfère l’entêtement à la justice. C’est l’histoire d’un divorce.

Mauvaise conscience 

Classé dans : Coup de sonnette, Revue de presse, agenda, coup de tête on Mercredi, mars 18th, 2009 by admin | 19 commentaires

clochards

C’est Jean-Marc Ayrault qui a utilisé les mots “mauvaise conscience” à propos des élus UMP qui s’interrogent sur le bienfondé du “bouclier fiscal“. Le poids de la culpabilité est sans doute plus lourd à porter en temps de crise, au point de devenir insupportable à certains. L’expression d’un remord est venu du démocrate chrétien, Pierre méhaignerie qui juge désormais opportun d’imposer davantage les revenus qui dépassent les 300 000€ annuels.

Les chiffres transmis par le ministère des Finances sur l’application du “paquet fiscal” sont édifiants. Le bénéfice moyen pour les heureux gagnants de la loterie gouvernementale est de 33 000 € par foyer ! Il faudrait suggérer aux zélateurs du Président de la République d’aller justifier ces exonérations auprès des salariés licenciés qui se battent pour des primes de 1000 €. Même Dominique de Villepin, inventeur de la formule en 2005 suggère désormais d’aménager le “bouclier fiscal“.

Malheureusement, la grâce ne semble pas avoir frappé une majorité à droite. Lors de la discussion du collectif budgétaire cette semaine, l’amendement socialiste de suppression du bouclier ne sera pas davantage adopté que l’amendement Méhaignerie. Le président Sarkozy n’a plus de cap, mais il maintient un dogme : le président ne peut pas avoir eu tort.

Alors vous lirez, verrez, entendrez toute la semaine, sur toutes les ondes et dans tous les journaux le porte-parole de l’UMP s’échiner à défendre l’indéfendable. Mentir est devenu son métier.

Il vous dira que le bouclier fiscal fait revenir les contribuables exilés sur des terres à la fiscalité moins hostile. N’hésitez pas à lui demander les noms de ceux qui sont rentrés. La presse n’en a trouvé qu’un seul, Denis Payre cofondateur de Buisiness objects.

Frédéric Lefebvre vous expliquera ensuite que dans le paquet fiscal, il n’y avait pas que le bouclier. L’essentiel des crédits utilisés sert à financer le dispositif relatif aux heures supplémentaires. Sous-entendu, ce ne sont pas les riches qui en profitent. Demandez-lui alors comment se répartissent les 4,3 milliards€. Ce que nous dit Bercy, c’est que 4,1 milliards correspondent aux exonérations de cotisations sociales des entreprises qui pratiquent les heures sup et 200 millions seulement à la défiscalisation dont profitent les salariés…

Si il est dans un grand jour, le député des Hauts-de-Seine osera peut-être un bobard énorme du genre “le paquet fiscal est un élément de justice fiscale“… Demandez-lui alors quelle justice inspire l’évaporation de 2 milliards d’euros  pour exonérer les grosses successions, ou  de 250 millions (3 milliards en période de croisière) de crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunt immobilier qui ont bénéficié notamment aux 67 000 familles relevant des tranches d’imposition à 30 et 40%.

Au vu de ces chiffres, le temps devrait être celui des regrets.

Le problème c’est que comme le disait Nietzsche, “on vient plus facilement à bout de sa mauvaise conscience que de sa mauvaise réputation“. Puisqu’ils étouffent facilement leur mauvaise conscience, à nous de faire en sorte de contribuer à leur mauvaise réputation…

Judas, le boxeur et les bénévoles 

Classé dans : Revue de presse, campagne, coup de gueule, coup de tête on Jeudi, mars 12th, 2009 by admin | 26 commentaires

besson

Mardi 13 :30. Mon téléphone vibre. Un nom s’affiche. Un nom que je lis trop souvent ces derniers jours. Un nom qui me vient d’un passé décomposé. Un nom qui rime avec trahison.

La dernière fois que nous nous étions parlé, Eric Besson venait de franchir le Rubicon. C’est moi qui l’avais appelé parce que dans la presse, il répétait sans honte que le pamphlet qu’il avait signé sur le candidat Sarkozy lui avait été imposé par la direction du PS. Je savais pour en être témoin, qu’Eric avait voulu, seul, écrire ce brûlot. Il ne voulait partager avec personne le titre envié de meilleur opposant à Nicolas Sarkozy.

Trahison, indécence, mensonge. Je pris mon téléphone. Au bout du fil, les explications furent aussi brèves que confuses - « je te rappellerai, je n’ai plus de batterie ». Trahison, indécence, mensonge… j’ajoutais lâcheté.
Il ne me rappela évidemment jamais. Jusqu’à mardi, jour où il apprit que les socialistes prévoyaient de l’interroger lors de la séance des questions au gouvernement. Il avait fallu la peur (celle d’être pris au dépourvu) pour que mon téléphone sonne à nouveau.

Je n’ai pas pu décrocher. Qu’aurais-je pu lui dire sinon mon dégoût.
Changer de camp par blessure d’orgueil, passe encore. Transgresser toutes les valeurs morales, tous les principes éthiques qui ont fondé un engagement, il y a de quoi vomir.

Il y a quelques semaines, c’était l’appel à la délation et maintenant c’est le déclanchement d’une polémique artificielle avec Philippe Lioret, le réalisateur du film WELCOME. Cette attaque grossière a pour seul objet de détourner l’attention de l’opinion publique de cet article L622-1 (*) qui menace toute personne qui aura aidé directement ou indirectement un étranger en situation irrégulière, d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros.

Cette disposition est une épée de Damoclès au dessus de celles et ceux qui placent leur part d’humanité au dessus de toute légalité.
Je veux dire ici combien me révolte l’attitude d’un ministre qui légalise un sans-papier quand il devient champion de boxe, mais criminalise les bénévoles qui servent un bol de soupe à la cohorte des perdants. L’immense colonne de ceux qui – hommes, femmes, enfants – ont tout abandonné et tout perdu.
Le respect du droit n’implique pas l’abandon de toute solidarité, ni de toute fraternité. Ces valeurs sont notre histoire. Elles étaient la seule source de lumière et de chaleur quand la nuit s’est abattue sur le ciel de notre Europe.

Si j’étais ministre de l’identité nationale c’est ce que je m’efforcerais de ne jamais oublier.

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(*) du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Un projet pas net 

Classé dans : Revue de presse, agenda, coup de tête on Mardi, mars 10th, 2009 by admin | 11 commentaires

pjl-internet

Demain devrait débuter la discussion du projet de loi “Création et Internet“. C’est le seine-et-marnais Franck Riester (UMP) qui est le rapporteur de ce texte. Choix curieux pour ce jeune député qui avait tout fait jusqu’alors pour se draper dans les habits de la modernité numérique.

Chacun peut partager l’objectif du projet : protéger le monde de la culture du piratage et donner des moyens aux artistes. C’est indiscutable.

Comme toutes les activités humaines, la culture a un coût. Les artistes méritent, comme tous les travailleurs, le respect de leur travail et donc sa juste rémunération. Le risque avec le téléchargement illégal, c’est qu’il se substitue un jour quasi-intégralement à l’achat de supports gravés CD, DVD. La gratuité totale pour les internautes, c’est l’impossibilité pour les artistes de vivre de leur art. C’est le danger d’une standardisation de l’offre culturelle et son rétrécissement autour de produits stars.

- Le premier sujet pour un projet de loi qui entend faire date sur la création et Internet, aurait donc dû être la recherche de nouvelles sources de rémunération pour compenser les pertes actuelles des auteurs et créateurs. Or c’est justement là que le bât blesse, car le projet ne donne aucune rémunération supplémentaire aux artistes. Les socialistes proposent une contribution créative comprise dans les forfaits Internet.

- Muet sur de nouvelles ressources, le projet est également impuissant à défendre les artistes contre le piratage.

  • Impuissant car anachronique. Ou en tous cas très en retard sur la pratique. Il entend se battre contre le téléchargement à l’heure où les internautes sont déjà passés au streaming avec des sites comme deezer.com qui permettent l’écoute en direct de milliers de titres musicaux. L’application deezer existe déjà sur Iphone. Tous les mélomanes peuvent écouter sur leur chaine hifi, ordinateur ou baladeur la musique de leur choix, légalement et sans avoir à payer le moindre euro.
  • Impuissant car aveugle. Il va frapper indifféremment toute une entreprise, une collectivité, un lieu public avec accès libre, dès lors qu’un usage illicite aura été constaté (qu’il soit le fait d’un employé ou d’un internaute connecté à partir d’un réseau Wi-Fi ouvert). Le projet aboutira à interdire à un parent en recherche d’emploi, l’accès au Net parce que l’un de ses enfants a téléchargé un fichier musical.
  • Impuissant car dangereux et manipulable. Le dispositif de sanction va justifier la surveillance individualisée des postes informatiques dans les entreprises (c’est la CNIL qui nous alerte). Au-delà des menaces pour les libertés, il sera possible pour un pirate de manipuler l’autorité de régulation. Comme l’expliquerait mieux mon ami Hugues, spécialiste du sujet, il sera très facile en milieu urbain d’utiliser la connection Internet de son voisin, même encryptée. Il existe des logiciels gratuits sur le net pour réaliser cette opération. l’usurpation d’identité aboutira à la condamnation d’innocents. A ce titre, il faut savoir que ce n’est pas le téléchargement illégal qui est sanctionné, mais la non surveillance de sa ligne Internet !

- La logique purement répressive de ce projet est enfin en contradiction avec la pensée et le droit européen.

L’amendement 138 du député européen PS Guy Bono au “paquet télécom” a été adopté par 88% des députés en 1ère lecture. Il stipule qu’”aucune restriction aux droits fondamentaux des internautes ne peut intervenir sans une décision préalable de l’autorité judiciaire“. Si ce texte est adopté définitivement dans quelques mois, il rendra caduque la haute autorité HADOPI créée par cette loi, puisque lui sera retiré tout pouvoir de sanction autonome.

Par ailleurs la résolution du Parlement européen adoptée le 10 avril 2008 sur les industries culturelles en Europe (adoptée par 586 voix contre 36 et 12 abstentions) met en avant deux principes dans le combat contre le piratage :

-la non criminalisation d’internautes qui ne cherchent pas à réaliser des profits.

-La non adoption de mesures allant notamment à l’encontre du principe de proportionnalité, telles que l’interruption de l’accès à Internet.

Alors que ce projet aurait pu rassembler largement, il cumule les non sens : Généreux dans ses objectifs, il est “à côté de la plaque” dans son dispositif.

le projet ne respecte pas l’équilibre nécessaire entre protection des droits d’auteurs et respect de la vie privée. Il sanctionne à l’aveuglette, sans intervention du juge (sauf recours). Il ne répond pas à l’enjeu des moyens à mettre en oeuvre pour la création culturelle. Il n’aide ni ne pousse à la modernisation et l’innovation des systèmes de diffusion des oeuvres, il coûtera entre 30 et 70 millions aux fournisseurs d’accès qui demandent déjà à l’Etat de leur compenser… Et au total, les téléchargements illégaux continueront…

Je vais vous dire au fond à quoi me font penser les promoteurs de ce projet. A des ingénieurs et architectes qui rèvent de construire un barrage contre le Pacifique. Sur la plage, à quelques dizaines de mètres d’eux, quelques vieux loups, pêcheurs et marins, les regardent. Incrédules. Eux savent depuis longtemps que l’on ne dompte pas la mer.

Mon adresse mail. 

Classé dans : Divers on Mardi, mars 3rd, 2009 by admin | Pas de commentaire

Ma boite e-mail : o.faure77@free.fr est à nouveau en fonction.

Désolé pour les messages perdus auxquels je n’ai pas répondu.

A bientôt.

Hold-up sur les contribuables locaux 

Classé dans : Coup de sonnette, Divers, coup de gueule on Mardi, février 17th, 2009 by admin | 31 commentaires

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A la mairie de Champs, au SAN du Val Maubuée, au SIETREM, au conseil général, on ne parle que de ça.

Le sujet est complexe. Habituellement, on dit même que c’est “un sujet d’élus locaux“. Une façon élégante de dire que ce n’est même pas la peine de tenter de l’expliquer. On aurait tort.

Alors “ça” quoi? De quoi s’agit-il ? Des cadeaux que l’Etat - en l’occurrence le président de la République - fait d’autant plus facilement qu’ils ne lui coûtent rien. Jusque là, rien de très méchant. Faire des cadeaux avec l’argent des autres, c’est le principe même de la redistribution. Dans le cas présent, la difficulté tient au fait que l’on prélève des poches des classes populaires et moyennes au profit des entreprises et des gros contribuables…

Démonstration en trois exemples pris dans l’actualité de ces derniers jours en Seine-et-Marne :

1. Les 75 millions dus à notre département.

Lorsque l’Etat a transféré en 2004 la gestion du RMi aux départements (mais aussi l’entretien des routes nationales ou la gestion des personnels TOS des collèges), il s’est engagé à compenser “à l’euro prêt”, les sommes destinées au suivi, à l’accompagnement et à l’assistance des bénéficiaires de cette allocation. Il n’en a rien été. Ce non respect par l’Etat de ses engagements représente un manque à gagner de 75 millions d’euros au budget du département(1). Cet argent représente l’équivalent de la construction de 4 collèges. S’il fallait récupérer cet argent sur un exercice, cela représenterait une augmentation des impôts du département de 21% ! Faut-il le rappeler la fiscalité locale est la plus injuste car elle s’applique à tous, sans tenir compte des revenus des habitants.

Cette “dette” de l’Etat de 75 M€ pourrait servir à financer les investissements de notre développement permanent. Ce serait d’autant plus juste que nous sommes déjà le département (2) qui reçoit de l’Etat la part de DGF la plus faible en Ile de France. Quand les Hauts de Seine, département le plus riche de France reçoit 174,4 euros par habitant, la Seine-et-Marne ne reçoit que 124,2 euros, soit 50 euros de moins ! Le monde à l’envers…

2. La taxe sur le tonnage incinéré que va payer le SIETREM

La loi de Finances pour 2009 vient de créer une nouvelle taxe sur l’incinération. Le montant de cette taxe à la tonne va doubler entre 2009 et 2013 (363 000 euros en 2009). Sans doute voyez-vous derrière cette mesure une incitation écologique à un changement de comportement. Hélas, même pas! Les déchets dits ultimes sont forcément incinérés ou enfouis et les deux procédés sont également taxés… ce qui a fait dire au vice-président des Finances du SIETREM (UMP) que l’Etat nous prenait pour des “vaches à lait“… La bonne gestion du SIETREM et les choix techniques décidés au cours des dernières années permettront heureusement de compenser pour le moment, mais la taxe sur les ordures ménagères n’est pas prête de baisser.

3. La suppression annoncée de la taxe professionnelle.

Le président en a fait l’annonce de sa dernière prestation télévisée. Il a annoncé précipitamment sa suppression totale (qui représenterai un manque à ganger de 26 milliards d’Euros). Depuis Bercy a corrigé. Il ne s’agirait que de la part assise sur les investissements (11 milliards de manque à gagner, ramenés à 8 du fait de l’accroissement des bénéfices des entreprises, soumis à l’IS). Qui croire?

Ce qui est certain c’est que la TP représente en moyenne 44% des ressources des collectivités locales. Dans le Val Maubuée, ce serait un trou de 45 M€ à combler. Au Conseil général, de 148 M€…

Pour compenser cette perte, le président propose  la création d’une “taxe carbone” dont le principe même est de décroitre en stimulant les comportements vertueux. Les contribuables locaux seront appelés à compenser directement ces pertes car l’Etat ne compte pas reprendre aux entreprises ce qu’il vient de leur accorder avec la suppression de la TP.

Ces trois exemples très concrets ne doivent rien à l’imagination, mais à l’examen des dossiers locaux et aux annonces du Chef de l’Etat. Ces décisions sont d’autant plus difficiles à comprendre qu’elles contredisent toute volonté de relance de notre économie :

  • Les collectivités sont à l’origine de 73% de l’investissement public. L’anticipation de pertes va les conduire à geler prudemment certains projets.
  • L’obligation faite à certaines collectivités d’augmenter leurs impôts pèsera sur les ménages. L’une des clés d’une sortie de crise repose pourtant sur la relance de la consommation.

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(1) en cumulé depuis 2004.

(2) avec les Yvelines

Le président sans boussole 

Classé dans : Coup de fatigue on Samedi, février 7th, 2009 by admin | 32 commentaires

sarkotv

A peine deux jours que le président de la République s’est exprimé. Le soufflet est déjà retombé. La magie n’opère plus. Ses tours sont connus de tous. Les annonces concrètes sont toujours à destination des mêmes. Les engagements flous et incertains aussi. C’est à dire les autres… Il n’est plus la peine de préciser. Chacun a compris. Lassante répétition.

Mais le plus stupéfiant, c’est le décalage entre un chef de l’Etat qui affiche sa maîtrise - ton calme et grave - et un discours dont on peine à saisir la cohérence. La boussole de Nicolas Sarkozy n’indique plus le Nord, ni la droite… Elle s’est affolée au milieu de la crise. Depuis le capitaine navigue sans cap. Il annonce la refondation du capitalisme, mais refuse de s’engager derrière Obama dans le plafonnement des rémunérations des dirigeants d’entreprises qui touchent de l’argent public. Il maintient qu’il a eu raison de ne relancer l’économie que par l’investissement, mais pose des jalons pour un éventuel changement de pied, sans jamais reconnaître que l’opposition lui avait indiqué la voie. Il affiche sa volonté de ne pas davantage amputer le pouvoir d’achat des Français, mais s’apprête à leur faire payer une part de la suppression de la taxe professionnelle…

La seule constance du Président, c’est son entêtement à refuser d’admettre l’erreur originelle. Celle du paquet fiscal. Il avait jeudi soir la possibilité de marquer l’opinion en montrant sa compréhension du moment : la gravité de la situation lui permettait de réviser sans honte les choix pris avant la tourmente. Il s’en est gardé.

Résumons-nous. Nous traversons la tempête sans cap, le capitaine refuse de lâcher du lest, il fait mettre les voiles à l’Ouest mais fait ramer à l’Est. Avec une telle navigation, celles et ceux qui ne sont pas solidement arrimés au bastingage risquent de passer par dessus bord…