Une actualité chasse l'autre. L'époque est à la course et au zapping...
Et si - justement - nous résistions à ce tourbillon pour prendre ensemble le temps de nous arrêter sur l'essentiel ? C'est l'objectif de ce "blog-notes", le mien, le vôtre. Nous avons tant de choses à penser et à entreprendre ensemble.
- Candidat PS aux élections législatives dans la 11e circonscription de Seine-et-Marne
- Secrétaire général du groupe socialiste, radical et citoyen à l'Assemblée nationale
- Chargé de mission auprès de François Hollande, candidat à l'élection présidentielle
Pour son premier meeting de campagne, hier devant 20 000 personnes, le candidat socialiste a navigué entre annonces de mesures et anecdotes personnelles. Au Bourget, premier grand meeting de sa campagne, on l’attendait au tournant présidentiel. Pour passer cette épreuve de vérité, François Hollande a fini par livrer son «secret» : «J’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent.»
Pendant une heure et vingt-cinq minutes, le ton est donné. Un discours très à gauche – mais une gauche réaliste et productiviste -, avec un seul ennemi. «Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne, lance le candidat socialiste à l’Elysée devant près de 20 000 militants et sympathisants galvanisés. Cet adversaire, c’est le monde de la finance.» Et ses affidés, ceux qui «s’enrichissent en dormant et pas en travaillant», qu’il cogne et s’apprête à taxer sans ménagement.
«Je serai le président de la fin des privilèges», promet le député de Corrèze, qui ne cite pas une seule fois le nom de Nicolas Sarkozy. Mais son autoportrait en président de la République est un réquisitoire implacable contre celui qu’il nomme d’ordinaire «le candidat sortant». Quand on s’appelle François Hollande et qu’on se prépare depuis trente ans – «un bail !» reconnaît-il – à «présider la République», la fonction suprême c’est «se montrer digne partout dans tous les actes qu’exige la fonction présidentielle»,«faire respecter les lois pour tous sans faveur pour les proches»,«ne pas nommer les présidents de chaînes de télévision et de radio» et «être viscéralement attaché à la laïcité», et donc inscrire la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat dans la Constitution. Bref, tout le contraire du chef de l’Etat.
Pas de violon. François Hollande a une boussole : le clivage droite-gauche. Classique mais efficace. Il revient aux fondamentaux : après avoir inquiété certains, qui le voyaient jouer trop centriste pour emporter le second tour, il se concentre sur le premier en rassemblant son camp. Derrière une gauche certes redistributive et juste – réforme bancaire en urgence, réforme fiscale rapidement, encadrement des loyers, création de logements sociaux (lire page 4) -, mais aussi ferme et patriote, avec drapeau tricolore et Marseillaise. Avec François Hollande, l’heure n’est plus à la permissivité soixante-huitarde. «Les délinquants financiers et les petits caïds, je les avertis : ceux qui ont pu croire que le droit ne les concernait pas, le prochain président vous le dit, la République vous rattrapera», tonne-t-il avant d’annoncer la création de «zones de sécurité prioritaires». Sur le pouvoir d’achat et l’impératif écologique, le candidat apparaît moins battant.
Seul en scène, les sourcils froncés et la voix un peu éraillée, François Hollande essaie de dire qui il est et quel président il sera. Depuis une semaine, son entourage annonçait un discours très personnel mais l’intéressé ne sort pas les violons. «C’est vrai que je ne m’exhibe pas, je reste moi-même, c’est ma force. Ce que vous voyez ici, c’est ce que je suis», énonce-t-il. Avant une fois de plus de viser Sarkozy et son discours d’entrée en campagne de janvier 2007.
«Je n’ai pas besoin de changer en permanence pour être moi-même», lâche le socialiste. Rompant avec ses onze années de discours de premier secrétaire du PS où il biffait toute allusion intime, le candidat ralentit le débit pour évoquer sa famille «plutôt conservatrice» de Normandie. Chose inédite, il évoque à la tribune son père (qui fut candidat aux municipales à Rouen sur une liste de droite ultra), mais qui lui a accordé «la liberté de choisir» son engagement. Et surtout «l’âme généreuse» de sa mère, qui lui a «transmis ce qui est plus beau, l’ambition d’être utile».
Elle était une mitterrandiste de la première heure, mais son modèle à lui, c’est Pierre Mendès-France, héraut de la social-démocratie qui disait que «la vérité doit forcément guider nos pas». Hollande embraie : «Je vous dis la vérité, je connais la gravité de notre situation. Je ne promettrai que ce que je suis capable de tenir.» «L’homme politique s’efface peu à peu devant l’homme d’Etat», s’enflamme le sénateur André Vallini.
«Ferveur raisonnée». Au nom du réalisme, il confirme que les 60 000 postes dans l’Education nationale se feront à nombre de fonctionnaires constant, que toute nouvelle dépense sera financée par une réduction budgétaire ailleurs et, par exemple, qu’il n’y aura que 150 000 «emplois d’avenir» pour les jeunes, soit moitié moins que dans le projet du PS. Et pourtant, la salle applaudit debout. L’heure est à la «ferveur raisonnée», note le dircom du candidat, Manuel Valls. Mais l’objectif semble atteint pour le favori des sondages. Même la gauche du PS, qui a donné de la voix cette semaine, ne tousse pas trop fort. «A un moment, on a cru qu’il n’y aurait même plus d’emplois d’avenir», glisse Benoît Hamon.
Etre au point d’équilibre entre le «rêve français» et les contraintes économiques, c’est une position naturelle pour Hollande. Qui se révèle en revanche moins à l’aise dans les passages obligés sur l’histoire de France, lorsqu’il évoque l’Occupation et explique que les résistants n’étaient pas motivés par «les bonus et les stock-options». Drôle de raccourci. Mais peu importe : l’objectif semble atteint. «Les Français savent qu’il peut battre Sarkozy mais voulaient savoir s’il peut relever le pays. L’inquiétude est levée», trompette Olivier Faure, un de ses stratèges. Hollande peut conclure sous les vivats : «La justice, c’est maintenant ! L’espérance, c’est maintenant ! [...] Dans trois mois, nous ferons gagner la gauche, avancer la France ! Le changement, j’y suis prêt !»
Laure Bretton et Mathieu Ecoiffier
Après avoir critiqué des propositions de Hollande, le président de l’Assemblée a laissé entendre que rater le rendez-vous de 2012 aurait des «conséquences comparables à celles provoquées par une guerre.»
«Chez nous, c’est massacre à la tronçonneuse», glissait ce matin Jean-François Copé, selon des participants à la réunion à huis clos du bureau politique de l’UMP. Si le patron du parti présidentiel parlait de la promptitude de son camp à riposter au projet de réforme du quotient familial étudié par l’équipe de François Hollande, cette stratégie très offensive s’est encore vérifiée dans la journée. Aux voeux de Bernard Accoyer. Evoquant une «année de vérité», le président de l’Assemblée nationale estime que la situation «ne saurait s’accomoder ni de flou ni de valses hésitations». Aux troupes UMP, il ajoute: «Ne nous y trompons pas: si nous ratons ce rendez-vous de la responsabilité et du courage, les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre.»
Echaudés par la polémique «sale mec» et par l’attaque de Nadine Morano qui a jugé, ce mercredi, François Hollande «dangereux» pour la France, les socialistes ont condamné la sortie d’Accoyer, exigeant des excuses. Dans une interview à Libération.fr, la porte-parole Delphine Batho, rappelant que le président de l’Assemblée est «le quatrième personnage de l’Etat», déplore: «Le pouvoir actuel est en train de dévoyer les institutions.» La députée suspecte des «consignes depuis le bureau de Nicolas Sarkozy pour transformer les voeux de toutes les institutions en tribune politique». Allusion aux critiques formulées par François Fillon qui, lors de ses voeux lundi, avait dénoncé la «diabolisation infantile» du bilan du quinquennat par Hollande.
Jointe par Libération.fr, Najat Vallaud-Belkacem, autre porte-parole de Hollande, se dit choquée par le fait que Bernard Accoyer «utilise le prestige de ses fonctions pour exercer une menace sur les Français. Sait-il seulement ce qu’est une guerre? La guerre en ce moment-même tue des Français, en Syrie par exemple.»
La polémique a amené Bernard Accoyer à faire une mise au point, dans un communiqué dans l’après-midi. Il assure n’avoir voulu que «faire état d’un constat et d’une analyse qui ont vocation à s’appliquer quelle que soit la majorité qui sera en place à l’issue des prochaines échéances électorales».
«Vous dites avoir été mal compris. Mais la phrase que nous incriminons venait en conclusion d’un réquisitoire des propositions et des positions défendues par le parti socialiste et son candidat», notamment sur le quotient familial et le nucléaire, remarque Jean-Marc Ayrault. Dans une lettre qu’il adresse à Accoyer, le chef de file des députés PS lui demande des excuses pour ce «parallélisme aussi outrancier et caricatural» tandis que le président du Sénat, Jean-Pierre Bel (PS) regrette un «dérapage verbal» et appelle son homologue du Palais bourbon à «plus de retenue». Olivier Faure, secrétaire général du groupe PS à l’Assemblée, assure à Libération.fr que la sortie d’Accoyer «est aussi grossière que lorsque Valéry Giscard d’Estaing, en 1981, expliquait qu’une victoire de la gauche amènerait les chars russes à Paris. Dans la bouche du président de l’Assemblée nationale, la maison de la démocratie, ce registre de l’anathème est très choquant.»
«M. Accoyer s’honorerait en retirant ces propos indignes de sa haute fonction», réclame, à son tour, Laurent Fabius. «Dire qu’une alternance à gauche aurait des “conséquences économiques et sociales comparables à celles d’une guerre” donne une idée précise de la vision qu’a, de l’opposition, Monsieur Accoyer», fustige encore le député (PS) Henri Emmanuelli. «Dans ces moments de crise, on a besoin d’hommes et femmes intelligents et pas d’hommes et de femmes qui profitent d’un perchoir pour brailler», renchérit le porte-parole du PS, Benoît Hamon.
LAURE EQUY
J’étais interviewé par France 2 sur la place des “éléments de langage” dans une campagne… Retrouvez ici le reportage diffusé dans l’émission 13H15 le Dimanche.
A moins de quatre mois du premier tour, le candidat PS entend donner un coup d’accélérateur à sa campagne. Et ne pas laisser Nicolas Sarkozy occuper le terrain. Alors que Nicolas Sarkozy a truffé son agenda présidentiel de rendez-vous et de déplacements pour occuper le terrain, François Hollande entame, lui aussi ce mois-ci, les grandes manoeuvres. « Le vrai départ de sa campagne, c’est maintenant », explique Olivier Faure, l’un de ses proches. Dans l’équipe du candidat PS, où la fin d’année a été jugée bien longue, tout le monde est impatient d’entrer dans le vif du sujet. « Après la belle désignation aux primaires, les mois de novembre et décembre ont été difficiles car on était dans la tambouille », regrette un fidèle. Les psychodrames de l’accord avec les écologistes, les bisbilles des investitures pour les législatives ou le feuilleton du QG de campagne qui sera inauguré le 11 janvier ont terni les débuts de la campagne.
Il enchaîne les déplacements
Cette phase terminée, Hollande, qui sera ce soir l’invité du 20 Heures de France 2, est décidé à passer à la vitesse supérieure. « Il est dans un état d’esprit particulièrement combatif », assure Manuel Valls, chargé de la communication. Pour ne pas laisser à Sarkozy le monopole du kilométrage, Hollande va multiplier les déplacements. Demain à Mérignac (Gironde), jeudi à Caen (Manche), samedi en Corrèze pour ses voeux, dimanche à Jarnac (Charente) pour l’anniversaire de la disparition de François Mitterrand, la semaine suivante aux Antilles puis en Lorraine, le socialiste va enchaîner les visites. Des sorties qui seront souvent suivies de réunions publiques pour montrer que Hollande fait une campagne « proche des Français », à l’inverse du chef de l’Etat, qui « se déplace, mais ne rencontre personne », a insisté hier sur RMC Pierre Moscovici, le directeur de campagne du candidat PS.
Jugée trop tendre par certains socialistes et pas assez mordante pour répondre aux attaques dont Hollande fait l’objet, son équipe est décidée à répliquer. « On va s’affirmer, répond Stéphane Le Foll. On ne se laissera plus marcher sur les pieds. » Le bilan de Sarkozy va être passé au crible. Dès ce week-end, les militants distribueront 8 millions de tracts : le côté noir énumère les « 15 chiffres de l’échec de Sarkozy », le blanc développe des points du projet de Hollande. Et le slogan de sa campagne sera connu « dans les jours qui viennent » assure Valls.
Mais pour connaître l’intégralité du programme, il faudra encore attendre. A chaque sortie thématique, le candidat socialiste, qui ne souhaite pas abattre toutes ses cartes dès maintenant, égrènera ses propositions. « Les choses seront dévoilées au fur et à mesure », confirme Le Foll. Le 22 janvier au Bourget (Seine-Saint-Denis), Hollande tiendra le premier de ses sept grands meetings régionaux. Le même jour, tous les chefs de section du PS se verront remettre la feuille de route pour la campagne militante. « On va organiser une campagne de porte-à-porte comme la gauche n’en a jamais fait », se vante Christophe Borgel, secrétaire national du PS chargé des fédérations. A moins de quatre mois du premier tour, la machine est cette fois lancée.
Rosalie Lucas
Les socialistes n’abandonnent pas le dossier Tapie. Une association formée par trois députés PS (Christian Eckert, Jean Mallot et Danièle Hoffman-Rispal) et le secrétaire général du groupe socialiste de l’Assemblée (Olivier Faure) ont assigné M. et Mme Tapie pour réclamer l’annulation pure et simple de la sentence arbitrale rendue en 2008 et qui a abouti à verser 285 millions d’euros à l’ex-patron d’Adidas.
Leurs avocats, Mes Jean-Luc Lubrano-Lavadera et Philippe Champetier de Ribes, ont eu l’idée d’emprunter la voie civile en invoquant l’article 2060 du Code civil, qui exclut du champ de l’arbitrage “toute action qui intéresse une collectivité publique ou un établissement public”. Or le CDR était bel et bien sous la tutelle d’un établissement public, l’EPFR, qui a exécuté la condamnation prononcée, de sorte que la procédure pourrait être illégale. Si l’arbitrage était annulé, Tapie devrait rembourser les sommes reçues à ce titre !

Dans une campagne, le candidat qui l’emporte est celui qui fixe l’agenda médiatique et impose ses thèmes de campagne. En 1995, Chirac prescrit le diagnostic de la fracture sociale ; en 1997 Jospin convainc que tout n’a pas été fait pour créer des emplois ; en 2002 Chirac se fait réélire sur le thème de l’insécurité ; en 2007 Nicolas Sarkozy gagne sur la promesse du « travailler plus pour gagner plus ».
Le président-candidat est aujourd’hui dans une posture délicate. Son bilan médiocre lui ferme à peu près tous les terrains ; Il a donc entrepris de manière méthodique une opération pour tenter de fermer progressivement tous les sujets délicats. Il pense que le long feuilleton DSK interdit à la gauche de prendre l’avantage sur le terrain de la moralité et de l’exemplarité. Il cherche désormais à circonscrire le débat économique et social.
La crise de la dette (dont il est largement responsable avec les 75 milliards de cadeaux fiscaux sur 5 ans) est si contraignante qu’elle dicterait une politique unique. Les caisses de l’Etat étant vide, il n’y aurait d’autre action crédible que de poursuivre sur une ligne d’austérité.
Le débat ne serait donc plus sur la nature de la politique à conduire, mais sur les capacités personnelles du chef capable de mener la seule politique possible, la sienne.
Nicolas Sarkozy incarnerait selon ses supporters, la figure emblématique du « capitaine qui tient ferme la barre dans la tempête ». Dans un monde en crise, qui pourrait se passer d’une telle force de caractère et d’une expérience aussi précieuse ? Trente ans après Valéry Giscard d’Estaing qui faisait coller sur les murs, « il faut un président à la France », la droite bégaye : pour être président, il faudrait avoir été président…
Nicolas Sarkozy ne s’arrête pas à cet emprunt au président battu de 1981. Il y a trois décennies, la droite tentait d’effrayer les honnêtes gens en diabolisant les alliances nouées par François Mitterrand : si – par malheur – la gauche devait gagner, les chars de l’armée rouge défileraient bientôt place de la Concorde… Les communistes ont été remplacés par les Verts dans l’imaginaire de l’UMP : Si la gauche gagne en 2012, c’est Eva Joly qui défilera le 14 juillet place de la Concorde avec son cortège de chômeurs tout droit venus des centrales nucléaires, fermées dans l’euphorie d’une nuit de victoire.
Toujours les mêmes ressorts. D’un côté ceux de la peur qu’il faut suggérer. De l’autre développer le culte d’un chef qui détiendrait seul les clés du destin national.
Les saillies répétées depuis quelques semaines par les chevaux légers de l’UMP poursuivent le même objectif. François Hollande ne serait pas taillé pour la fonction, maître de l’hésitation, il serait incapable de fixer le cap, contrairement au grand timonier qui excelle dans la fonction depuis cinq ans…
Ces attaques sont cocasses, parce qu’en matière d’hésitations, d’allers retours incessants, de contradictions, Nicolas Sarkozy se pose en champion toutes catégories. Plus grave, il n’apprend pas de ses erreurs, et préfère se réfugier dans un confortable déni qui en politique porte le nom d’irresponsabilité.
Capitaine sans vision, seul le guide son inaltérable désir de durer. Il ne navigue pas, il bouge. Et s’il s’égare, c’est toujours de la faute des autres. Il s’oriente plein nord quand il faudrait aller au sud, c’est la faute des courants ! Il fait hisser la grand voile, ordonne de la doubler de la bonnette lorsqu’il faudrait affaler et sortir le foc, c’est la faute du vent ! le navire dessale, gîte, chavire, pendez le mousse !
Le pays est en « faillite » annonce le maître d’équipage, le capitaine Sarkozy multiplie néanmoins les cadeaux fiscaux aux plus riches et creuse la dette que paient tous les autres. La croissance est en berne, il déclenche une vague de plans d’austérité. La compétitivité des entreprises est menacée, il diminue les crédits de l’éducation tandis que tous les pays émergents investissent au contraire massivement dans la formation de leurs jeunes.
Nicolas Sarkozy n’a cessé de naviguer à contre-courant et pour se justifier, sa langue est devenue la contre-vérité.
Lorsque les passagers s’inquiètent, il dénonce ceux qui l’ont précédé à la barre. La droite est depuis 10 ans au pouvoir et il en est encore à se défausser sur le bilan de la gauche. Courage, fuyons !
Le courage ce serait de reconnaître une politique fiscale injuste qui a privé le pays de recettes pendant cinq ans et contribué à amplifier la crise de la dette. Le courage ce serait aujourd’hui de résister à Madame Merkel lorsqu’elle entraîne l’Europe dans une politique qui conduit à un cycle infernal austérité/Baisse de la croissance/déficits/nouveaux plans d’austérité… Le courage ce serait d’affronter ses clientèles électorales pour les appeler enfin à plus de solidarité. Le courage ce serait de cesser d’opposer et de diviser les Français, Le courage ce serait de lutter non seulement contre Marine Le Pen mais aussi contre ses idées et d’interrompre la folle surenchère de M. Guéant. Le courage, ce serait de ne pas se dédire sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Le courage…
Les thuriféraires du président s’indigneront de ces lignes. Je les entends déjà vanter le flamboyant Sarkozy du Zénith de Toulon qui propose à son peuple, du sang, de la sueur et des larmes.
Le courage du président consisterait donc à venir demander aux Français d’assumer ses erreurs, sans même avoir à énoncer un regret…
Je maintiens donc. Nicolas Sarkozy est un héros sans direction et un capitaine sans courage.
Un directeur, quatre porte-parole, une vingtaine de pôles thématiques, une soixantaine de personnes en tout : l’équipe de campagne François Hollande, candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012 en France, a été dévoilée mercredi.
Pierre Moscovici, directeur de cette campagne comme il l’avait été pour celle de la primaire, a présenté lors d’une conférence de presse à Paris cette “équipe cohérente, soudée, resserrée et qui montre toutes les forces du Parti socialiste et de la gauche”.
“Nous sommes en ordre de marche”, a dit le député, entouré d’une trentaine de membres de l’équipe censée mener vers l’Elysée le candidat Hollande – absent de la conférence mais qui sera l’invité du journal de 20h de TF1.
Outre Pierre Moscovici, le député européen Stéphane Le Foll sera chargé de l’organisation et son collègue Manuel Valls dirigera le pôle communication, qui compte quatre porte-parole : Najat Vallaud-Belkacem, Delphine Batho, Bruno Le Roux et Bernard Cazeneuve.
Toutes les sensibilités du PS, et notamment des autres candidats à la primaire des 9 et 16 octobre, sont représentés dans l’équipe, étroitement associée à “l’appareil” du PS.
François Hollande semble ainsi avoir tiré les leçons de la campagne malheureuse de 2007, qui avait vu la candidate Ségolène Royal obligée de se passer du plein soutien de la direction du parti.
“On a l’habitude de travailler ensemble, des débats, on en a connu”, a commenté Stéphane Le Foll. “Il y a eu des divisions, on les assume, mais là il y a une véritable envie que tout se passe bien”.
Pour 2012, un conseil politique dirigé par Martine Aubry est mis en place, et le bras droit de la première secrétaire, François Lamy, sera chargé de faire le lien avec l’équipe du candidat.
“UNE ÉQUIPE QUI GAGNE”
“Moi ce que je veux, c’est une équipe qui gagne, donc il faut prendre les meilleurs partout”, avait déclaré mardi Martine Aubry à la presse après une réunion du Bureau national.
“Nous avons regardé tout cela avec François. Et il faut ensuite que ça marche, en lien avec le parti, que tout le monde se sente dedans. C’est dans cet esprit que nous avons travaillé”, a-t-elle ajouté.
La “ruche bourdonnante” de l’équipe de campagne, selon l’expression de Pierre Moscovici, devrait s’installer prochainement dans des locaux situés 103 rue de Grenelle, dans le VIIe arrondissement de Paris, non loin du siège du Parti socialiste et de l’Assemblée nationale.
François Hollande aura au plus près de lui deux de ses fidèles : Faouzi Lamdaoui, promu chef de cabinet, et Olivier Faure, chargé de mission.
La rédaction du projet présidentiel est confiée à Michel Sapin, ancien ministre de l’Economie. Jean-Marc-Ayrault, président du groupe PS à l’Assemblée, devient “conseiller spécial”. Un conseil des élus dirigé par Marylise Lebranchu, proche de Martine Aubry, est également prévu.
A ceux qui trouveraient l’équipe pléthorique, André Vallini, chargé du pôle justice, répond que “c’est une présidentielle, ce n’est pas une cantonale”.
“Une présidentielle, ça demande beaucoup de monde, on a rassemblé le plus de monde possible pour être le plus efficace possible”, a-t-il dit.
François Hollande, en déplacement jeudi à Paris sur le thème du handicap, est attendu samedi à Strasbourg pour un discours devant les jeunes socialistes.
Il devrait se rendre à l’étranger ces prochaines semaines, notamment à Bruxelles et Berlin, a fait savoir son équipe.
- Article dans Le Monde : La crise de l’euro bouscule la stratégie de Hollande (9 novembre 2011)
- Article dans Libération : Quand Sarkozy plastronne, Hollande tâtonne (7 novembre 2011)
- Article dans le Nouvel Observateur : Ce qui attend le candidat Hollande (27 octobre 2011)
- Article dans Le Monde : Les six chantiers de François Hollande (24 octobre 2011)
- Article dans le Nouvel Observateur : Le clan des Hollandais (18 octobre 2011)
- Article dans Libération : Le PS cherche son nouvel équilibre (18 octobre 2011)
- Article dans Sud-Ouest : Question de dosage (18 octobre 2011)
- Article dans le Parisien : La revanche du candidat « normal » (17 octobre 2011)
- Reportage du JT de France 2 : Préparation du débat TV des primaires (13 octobre 2011)
- Article dans Paris Match : François Hollande la course en tête (13 octobre 2011)
Sujet diffusé au JT de TF1 de 20H le 17 octobre 2011 avant l’interview de François Hollande.

Dans quelques heures, tout sera terminé. Les Français seront de nouveau invités à se rendre aux urnes et ils désigneront le/la candidat-e des socialistes à l’élection présidentielle.
La journée de vendredi aura été la plus tendue. Les mots échangés n’auront pas toujours été ce que les socialistes produisent de meilleur. Le rassemblement est une discipline de tous les instants. On a beaucoup raillé le goût de François Hollande pour la synthèse. A tort. Depuis Jaurès et Guesde, la « vieille maison » est turbulente et il faut l’ingéniosité de l’horloger pour que chaque rouage entraine le suivant sans gripper. Chaque élément est indispensable à l’ensemble, à la condition de veiller à toujours les organiser.
François Hollande a refusé ce matin d’entrer dans une « escalade » et d’entretenir un « mauvais feuilleton ». Comment ne pas lui donner raison ? Après dimanche, il y aura lundi. Il y a des millions de femmes et d’hommes qui attendent et espèrent de la gauche un changement profond. Instinctivement ils savent que nous ne pouvons gagner qu’unis.
Le temps est venu de laisser les querelles subalternes et de se rassembler. Arnaud Montebourg a annoncé aujourd’hui qu’il votera dimanche pour François Hollande. Comme Ségolène Royal, Manuel Valls ou Jean-Michel Baylet, il a défendu sa singularité au premier tour. Sans rien abandonner de ses engagements, il a fait un choix, en responsabilité. Cela ne suppose aucun grand écart de sa part comme grince la droite. La démocratie n’enferme pas chacun dans sa radicalité. Elle permet de défendre une identité sans se couper de la nécessité de rechercher une majorité.
Il est bientôt minuit, le fond de l’air s’est rafraichi, mais il fait encore doux pour la saison. Le rythme des voitures dehors s’est ralenti. La ville s’apaise. Les tensions retombent. La nuit recouvrira les fureurs du jour. Tant mieux. Dès lundi commence la vraie bataille. Celle qu’une majorité de Français ne nous pardonnerait pas de perdre.
Les primaires avaient jusqu’ici pour la gauche un air de fête : une audience record à chaque débat télévisé, le goût retrouvé pour les échanges d’idées, plus de deux millions six cent mille électeurs… Depuis longtemps les socialistes n’avaient pas mobilisé l’attention aussi positivement.
Il était ainsi donné qu’il était possible de se différencier sans tomber dans l’outrance, la caricature ou la calomnie.
Et puis le climat a changé brutalement.
Martine Aubry a pris le parti de cliver le débat en opposant artificiellement deux gauches. L’une « forte », la sienne – forcément la sienne – et l’autre la « molle », celle de son concurrent, résignée à une gestion fade.
Alors que la gauche a perdu la présidentielle à trois reprises – pour une large part du fait de ses divisions – Martine Aubry a pris la responsabilité de remettre en mouvement la machine à perdre.
Cette dérive dans l’argumentation la conduit dans une interview ce vendredi 14 octobre à présenter François Hollande comme le candidat du « système ». « le système s’est créé son candidat et nous a matraqués de sondages » dit-elle. Que penser tout à la fois du vocabulaire utilisé, de la logique complotiste qui sous-tend le raisonnement et des fractures durables qu’ouvre ce genre de phrases ?
Martine a fait de la morale l’étendard de son combat. Mais, quelle est cette morale qui cherche à disqualifier l’autre pour se qualifier soi ? Quelle est cette morale qui prend en otage une magnifique réussite collective en la transformant en spectacle pugilistique ? Quelle est cette morale qui transforme l’or du rassemblement en plomb de la division ?
La droite observait jusqu’ici, impuissante, à la création d’une dynamique. Elle découvre avec gourmandise des arguments qu’elle n’aurait jamais osé utiliser elle-même.
Tout se passe comme si, soudainement, pour Martine Aubry l’enjeu de ces primaires n’était plus la victoire collective face à Nicolas Sarkozy en 2012, mais la victoire personnelle – à n’importe quel prix – le 16 octobre 2011.
Ce prix, celui de la division, la gauche l’a déjà payé lourdement, jusqu’à ne pas être présente au deuxième tour de la présidentielle de 2002. Il est encore temps de se ressaisir. Quand on veut rassembler les Français, on commence par ne pas diviser son propre camp.
Sujet diffusé au 20H de France 2 avant le débat d’entre deux tours des primaires le 12 octobre 2011.
Publié dans l’édition du 13 octobre 2011 de Paris Match. Cliquez ici pour lire l’intégralité de l’article
J’étais invité à l’émission Spéciale Primaires organisée par La Chaine Parlementaire au soir sur premier tour. Je débattais aux côtés de Thierry Mandon, Yves Cochet, Martine Billard et Sandrine Mazetier.
L’histoire est drôle. Sur leur site, les jeunes proches de François Hollande cherchent une photo d’illustration. “boulette” de jeunesse, ils exploitent une photo prélevée dans une banque d’image sans vérifier préalablement où elle a été prise. Sur son blog “bison teint” débusque une hallucinante coïncidence : la photo a été prise lors d’un meeting de Nicolas Sarkozy à l’occasion de la dernière présidentielle ! Lapsus photographique, voilà que les jeunes socialistes raptent avant l’heure les anciens électeurs du président…
L’histoire aux allures de conte a depuis fait le tour du net. L’anecdote prête à sourire. L’équipe du site www.hollandeaveclesjeunes.fr a retenu la leçon.
Et puis surprise ! Voici que Franck Louvrier, le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy entre en scène. Il consacre un billet sur son blog à cette historiette qu’il titre “François Hollande l’usurpateur”. Voilà un homme qui détecte mieux le choc des photos qu’il ne mesure le poids des mots… Voilà un conseiller qui hiérarchise avec un certain talent l’actualité. Au cours d’une semaine rythmée par les soupçons qui entourent l’attentat de Karachi, les révélations de l’avocat Bourgi, les conversations de Brice Hortefeux avec l’ami Gaubert, pas un mot de ces affaires et c’est François Hollande à qui il accole le qualificatif “d’usurpateur”. Le rideau de fumée est bien mince. La République s’abîme et les artifices de communication ne peuvent plus faire écran devant cette incontournable réalité.
Quand François Hollande entre lundi 12 septembre dans la salle surchauffée du Trianon, le chanteur Rost chante « L’avenir c’est nous ». François Hollande n’en a jamais fait mystère. Sa priorité pour le quinquennat tient en deux mots : la jeunesse. Beaucoup n’ont voulu y voir qu’une posture, un élément rhétorique de campagne. C’était mal connaître cet homme qui tire parfois des bords pour éviter les vents contraires, mais n’abandonne jamais son cap.
La dette abyssale a rendu les candidats modestes. Il serait absurde qu’elle les conduise à renoncer à toute ambition. Il n’y a pas d’avenir envisageable sans croissance. Pour la droite, la crise de la dette se limite à la réduction drastique de la dépense publique. Symétriquement il existe une gauche qui résume la solution à l’augmentation des recettes fiscales. Pour François Hollande, la sortie de la crise suppose l’action coordonnée sur trois fronts :
- les politiques publiques doivent toutes être évaluées. Les dépenses improductives doivent être supprimées
- De nouvelles marges doivent être trouvées avec une réforme de la fiscalité qui rétablisse davantage de progressivité, et privilégie le travail sur la rente.
- La croissance doit être stimulée pour permettre au pays de renouer avec la prospérité et l’emploi dans un univers très compétitif et face à des pays émergents qui ont fait le pari de la formation de centaines de milliers de leurs enfants.
Il n’y a pas de croissance durable sans effort massif en faveur des jeunes générations. Nous en sommes aujourd’hui très loin. Les chiffres s’alignent comme un réquisitoire : Selon l’OCDE, la France est l’un des pays développés qui dépensent le moins pour son école primaire et l’un des pays où les dépenses d’éducation rapportées au produit intérieur brut ont le plus baissé depuis l’an 2000. Dans la tranche d’âge allant de 25 à 29 ans, un jeune français sur six (16,5%) était “sans diplôme” en 2005 pour une moyenne Européenne de un sur cinq (20,5%).
Le diagnostic ne peut laisser indifférent : faiblesse du niveau moyen, échec scolaire, reproduction des inégalités socioéconomiques et accroissement de l’écart entre les meilleurs et les moins bons.
C’est dans ce contexte que François Hollande annoncé la création de 12000 postes par an dans l’éducation nationale au cours des cinq prochaines années. Le projet n’est pas de céder à une revendication corporatiste pour revenir au statuquo ante. L’ambition est d’attribuer des moyens nouveaux pour répondre à des besoins aujourd’hui mal satisfaits. L’ambition c’est de donner plus aux établissements qui en ont le plus besoin, de mettre enfin le paquet sur les quartiers, de mieux accompagner et orienter les enfants dans leur parcours, d’assurer le soutien en dehors des heures de cours, de scolariser les jeunes handicapés pour les sortir de leur marginalité, de répondre à la question de la violence, de ne plus négliger les questions de santé…
La plupart des inégalités naissent avant l’âge adulte. Nous passons ensuite une vie à tenter de les réparer. Il faut attaquer le mal à la racine. Je prends un exemple pour être bien compris. L’obésité est devenue un fléau. Il est temps d’opter pour un travail de prévention mené par des infirmières scolaires plus nombreuses. Le bénéfice c’est plus de santé et moins de coûts pour la sécurité sociale.
12 000 postes de plus dans l’éducation nationale pendant cinq ans c’est plus d’enseignants, moins d’élèves par classe, plus de psychologues, de conseillers d’orientation, de surveillants, d’infirmières et de médecins scolaires, plus de personnes pour assurer le soutien, plus de personnes pour accompagner les enfants handicapés…
La droite dit que c’est trop ? Je dis que c’est faire moins qui n’est pas assez. Comment pouvons nous accepter que nos enfants bénéficient de moins de moyens que ceux dont nous avons nous mêmes bénéficié ?
Il faut évidemment parler du coût (2,5 milliards en 2017), mais qui parle du coût pour la collectivité que représentent le chômage, la délinquance, ou encore du coût généré par l’absence en nombre suffisant d’ingénieurs, de chercheurs, de créateurs pour résister à la concurrence ?
Le 10 avril 1870, un homme d’Etat prenait cet engagement public : « je me suis fait un serment. Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’intelligence, tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale : c’est le problème de l’éducation du peuple ». Il s’agissait de Jules Ferry. C’était un grand Républicain. De ceux qui ont nourri le rêve français.

Dans leur livre « Sarko m’a tuer », deux journalistes du Monde reviennent sur la tragédie vécue par quelques-unes des victimes du système Sarkozy. Depuis la parution, l’un des auteurs a révélé à la radio s’être vu proposer des documents de police dont l’effet attendu était de ruiner – avant le 15 mai – la réputation de DSK.
J’ai croisé Aurélie Filipetti cette semaine, héroïne involontaire de l’un des chapitres de ce livre. Elle a la peau dure, mais sous l’épiderme, demeurent les traces d’une vie privée violée. La presse est affligeante lorsqu’elle relaie sans discernement les manipulateurs de ces sinistres cabinets noirs dont l’unique objet est de salir les opposants, de démolir les concurrents, de sanctionner les dissidents, ou d’offrir des fusibles à un pouvoir cerné par les affaires.
Faire le choix d’une vie publique, n’implique pas de voir son intimité étalée au grand jour. Il peut arriver que la dérogation à cette règle stricte de séparation des sphères privées et publiques s’impose : infraction à la loi, mensonge, dissimulation. Les politiques qui exposent leur vie familiale pour en faire un argument promotionnel s’exposent naturellement aux révélations et au scandale. Mais les autres ?
Il y a des femmes et des hommes politiques qui ne demandent à être jugés que sur leurs idées, leurs actes, leurs réalisations. Il y a des femmes et des hommes publics qui conservent leur pudeur et ne confondent pas les plateaux des débats avec ceux du cinéma, qui veulent servir utilement leur pays sans se méprendre sur leur statut ; il est possible de passer sur le petit écran sans se prendre pour une star. Ceux-là méritent le respect.
La presse ne peut porter seule le chapeau. Nous sommes sans doute coupables nous aussi, lecteurs avides de ces révélations, qui réduisent les puissants, courbent les trop grands, rabaissent les arrogants. Encore faut-il rappeler que, en cette matière, c’est l’offre qui crée la demande.
Ce raisonnement doit-il nous conduire à rejeter toute intrusion dans la vie privée de celles et ceux qui nous dirigent ou aspirent à le faire ? Pas tout à fait. La campagne présidentielle démarre et les ouvrages vont se multiplier sur la multitude de candidats. Ils sont les bienvenus.
Ces enquêtes biographiques n’ont pas forcément pour objet de nourrir une curiosité malsaine, elles offrent aux citoyens la possibilité de comprendre une psychologie, elles permettent de cerner les motivations d’un candidat, de saisir son parcours, de discerner ses éventuelles faiblesses.
François Hollande fait ces jours-ci la Une du Nouvel Observateur après la publication de sa biographie par Serge Raffy qui en d’autres temps révéla le passé trotskyste de Lionel Jospin. L’exercice est utile. Il peut aussi être blessant. J’ai lu comme d’autres les « bonnes feuilles » de cet ouvrage renseigné, mais pas toujours précis ni exact. Comme souvent la promotion de ce livre passe par la mise en exergue de la vie privée. Comme si la vie politique ne suffisait plus en elle-même à attirer le public vers les rayons des libraires. En l’espèce, Valérie Trierweiler, est présentée comme une intime de l’ex couple Hollande-Royal. La jeune femme à la « beauté incendiaire », serait donc venue au cœur du cocon familial ravir le cœur de François Hollande. Ce qui est rapporté là est parfaitement erroné et j’imagine ce que l’intéressée a pu ressentir à la lecture de ces lignes qui la dépeignent en intrigante. Viendra le moment où d’autres décriront Valérie comme une ambitieuse, elle qui rejoignit François à une époque où il fallait être fou pour oser lui imaginer un avenir présidentiel.
Sans doute ce couple-là, parce qu’il a quelques bonnes chances d’être le prochain couple présidentiel sera-t-il désormais placé sous le microscope de la presse. Sans doute ces deux-là se préparent-ils déjà à affronter les regards indiscrets. Sans doute acceptent-ils ce qu’ils devinent inéluctable. Aux observateurs de ne pas broder au péril de franchir la ligne jaune ni défigurer une histoire « normale » d’amour.
Ce soir à 20h, lors d’un meeting à Colombes, le clip de campagne de François Hollande sera projeté pour la première fois. Il a été réalisé pendant l’été. Les faits relatés sont hélas tous réels. Merci à celles et ceux qui en partagent le sens de le faire passer à leurs amis.
« Le rêve français », discours et entretien, sera en librairie à partir du 25 août prochain.
Etre « l’homme d’un discours » est à la portée de beaucoup. Affaire de circonstances. Affaire de mots qui saisissent opportunément nos maux.
Qui ne s’est reconnu dans ceux de Chirac en 2002 lorsque au sommet de la terre à Johannesburg, il déplorait que la « maison brûle » tandis que nous « regardons ailleurs » ? Qui n’a ressenti une sincère fierté lorsque Villepin lors de la crise irakienne en 2003, évoqua à la tribune de l’ONU « un vieux pays, la France, d’un vieux continent » qui souhaitait donner la priorité au désarmement dans la paix ?
Nicolas Sarkozy lui-même suscita l’adhésion lorsqu’en 2008 à Toulon il proposa de « refonder le capitalisme » et de sanctionner « les responsables du naufrage » financier.
Chacun sait ce qu’il est advenu depuis de ces mots : La maison continue de brûler et l’urgence écologique est renvoyée à des jours meilleurs ; nous ne sommes pas partis en Irak mais nos soldats continuent de mourir en Afghanistan ; les promesses de régulation du capitalisme n’ont pas connu de suite, les contribuables ont sauvé les banques, mais ce sont elles qui aujourd’hui spéculent contre les dettes des Etats…
Dès lors pourquoi accorder du crédit au « rêve français » dont le sommaire est composé aux deux tiers de la compilation des discours prononcés par François Hollande depuis deux ans ? Qu’est-ce qui distingue un discours de ses semblables ? Pourquoi accorder du crédit à un auteur et pas aux autres ?
C’est tout l’intérêt de ce livre. François Hollande n’est pas l’homme d’un discours, il est l’homme d’une cohérence et d’une continuité. Là où Nicolas Sarkozy navigue ballotté par les vents, un jour chantre des subprimes à la française, le lendemain thuriféraire de la régulation, François hollande maintient son cap. De réunion en meeting, il ne varie pas. La crédibilité c’est quand la parole prononcée devient une parole qui marque et qui engage.
De François Hollande, il est possible de contester le chemin, mais force est de lui reconnaître une constance et une vision.
La période estivale marquée par la crise de la dette, le retour du débat fiscal et l’impatience de la jeunesse lorsqu’elle est privée de perspectives (des indignés espagnols, aux déclassés de Tottenham en passant par les jeunes arabes qui de Tunisie en Syrie rythment l’été arabe) donnent un relief particulier à ce que François Hollande répète inlassablement.
Que dit-il depuis plusieurs années ?
La dette pèse d’un poids insupportable. Elle grève nos marges de manœuvres d’aujourd’hui et menace les générations qui viennent. Elle est une donnée incontournable du débat public. Changer la réalité suppose de la regarder en face.
Pour retrouver des moyens de financer l’action publique, d’assurer l’objectif de justice et résorber le poids des déficits, il faut une ample réforme fiscale qui valorise l’effort, le travail, l’investissement, la recherche et pénalise la rente.
Dans un contexte budgétaire tendu, il faut se tenir à une priorité. François Hollande a fixé celle de la jeunesse. Pour chaque acte gouvernemental demain, la question des jeunes sera posée comme préalable. Parce que la promesse républicaine c’est de permettre à chaque nouvelle génération de vivre mieux que la précédente. Parce que s’appuyer sur la jeunesse c’est la seule façon de rester compétitifs face aux pays émergents qui ont déjà fait ce choix.
Plus largement, François Hollande revient dans son livre sur sa conception de la gauche, de la République, de la France, qu’il replace dans le fil de notre Histoire : « La France n’avance que quand elle est portée par une grande ambition. Je propose de reprendre ce rêve français, celui qui a été ébauché par l’esprit des Lumières au XVIIIe siècle, celui qui a été dessiné par les révolutionnaires en 1789, ce rêve qui s’est affirmé dans la fondation de la République, qui s’est élargi et renouvelé avec la Résistance et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ce rêve qui a pris une forme nouvelle avec la victoire de François Mitterrand en 1981. Ce rêve de progrès, d’égalité, de justice, ce rêve de partage, ce rêve de force collective et de destins individuels qui s’unissent pour faire la France. »
François Hollande n’écrit pas à partir d’une page blanche. Il ne cherche pas les ruptures artificielles. Il ne joue pas les hommes providentiels. Le monde change, les problèmes changent, la gauche doit changer. Mais l’inspiration demeure celle du rêve français. On ne s’égare jamais à creuser son sillon dans les traces des meilleures moissons.
Eté 2008. Ma secrétaire me passe Bernard Tapie.
- Allo ? C’est Bernard ! Comment vas-tu ?
Le ton est volontairement complice, le tutoiement de rigueur. J’ai l’impression de parler à la marionnette des Guignols… Cette pseudo connivence est d’autant plus décalée que nous ne nous sommes jamais vus ni parlés… Bernard Tapie cherche à savoir ce que trament les socialistes. L’homme d’affaires est aux aguets. Il vient de recevoir 285 millions d’Euros dont 45 au titre de « préjudice moral ».
Cette sentence arbitrale a en effet été immédiatement contestée publiquement. Pourquoi avoir, au lendemain de l’élection présidentielle de 2007, interrompu la procédure traditionnelle alors que le CDR (représentant les intérêts du Crédit Lyonnais) était en passe de remporter la bataille judiciaire ? Pourquoi le gouvernement a-t-il choisi l’arbitrage, procédure privée de règlement des litiges ? Pourquoi n’a-t-il pas saisi préalablement le Parlement comme l’a rappelé la Cour des Comptes ? Pourquoi une fois la sentence rendue, Christine Lagarde, ministre de tutelle, n’a-t-elle pas utilisé son droit de recours alors que la décision était disproportionnée et en contradiction totale avec ce que la Cour de Cassation préconisait ? Pourquoi tant d’empressement au cœur de l’été pour obtenir l’exequatur de la sentence ?
Les zones d’ombres sont légion. Les révélations successives du Canard Enchaîné ont montré que les Hauts fonctionnaires siégeant au sein de l’EPFR (établissement public coiffant le CDR) agissaient sur ordre.
Le sentiment général est que derrière cette histoire se cache une affaire d’Etat. C’est la raison pour laquelle Jean-Marc Ayrault et les députés socialistes, radicaux et citoyens ont décidé de se lancer dans une bataille judiciaire afin de permettre à la justice de faire émerger la vérité. La porte administrative nous a été refermée pour absence d’« intérêt à agir »? Nous prenons en avril dernier celle de la Cour de justice de la République (qui est seule habilitée à juger des actes d’un ministre dans l’exercice de ses fonctions). Jean-Marc Ayrault et 8 députés du groupe saisissent donc Jean-Louis Nadal, procureur général de la Cour de cassation, qui a le pouvoir de transmettre le dossier à la commission des requêtes de la Cour de justice de la République. Cette Commission, composée de 7 magistrats parmi les plus élevés dans l’ordre judiciaire (Cour de cassation, Conseil d’Etat, Cour de cassation), détient la possibilité de faire instruire – ou non – le dossier.
Le 29 juin, Christine Lagarde est « exfiltrée » vers le FMI. Le président peut ainsi espérer faire d’une pierre, deux coups : conserver le siège de directeur général du FMI à un ressortissant français et sortir la ministre des Finances du jeu politique national et – au moins pouvait-il l’escompter – judiciaire…
Chacun peut imaginer la pression qui pèse depuis sur les magistrats de la commission des requêtes. Chacun comprendra donc, réciproquement, la portée de leur décision d’ouvrir une enquête : Si le dossier était vide, si les soupçons n’étaient pas nombreux et convergents, aucun d’entre eux n’aurait pris un risque tout à la fois pour sa carrière et pour la France au FMI. Leur décision est intervenue un 4 août, coïncidence calendaire qui rappelle utilement aux puissants qu’il existe aujourd’hui des magistrats qui considèrent que l’abolition des privilèges repose aujourd’hui sur une justice impartiale.
Les incriminations retenues sont extrêmement graves : complicité de faux et complicité de détournement de fonds publics. Il s’agit de crimes, pas de délits. Si ce n’était une ministre qui était en cause, ces charges relèveraient d’une cour d’assises.
La question qui reste posée maintenant est celle du réseau de complicité qui a pu conduire à de telles décisions. Madame Lagarde déclarait en juillet 2008 : “Est-ce que vous croyez que j’ai une tête à être copine avec Bernard Tapie?”, Etait-ce le simple démenti de toute connivence avec l’ancien patron d’Adidas ou une manière de détourner les regards vers le responsable en chef de ce vraisemblable scandale ?
La directrice générale du FMI aura désormais l’occasion de s’en expliquer au cours de l’instruction qui va s’ouvrir.
Le Parlement est hors session. A l’Assemblée, l’hémicycle est bâché et les échafaudages grimpent jusqu’à la verrière. Les ouvriers s’affairent dans l’ensemble du Palais Bourbon. C’est ce moment là que Nicolas Sarkozy a choisi pour écrire aux parlementaires. Sur leurs bureaux, ils auraient pu trouver ce matin du 26 juillet une lettre de trois pages du Président de la République sur la dette… Nicolas Sarkozy aime les grosses ficelles. Au cœur de l’été il pose son piège en espérant pouvoir l’actionner à la rentrée.
Comme l’a rappelé François Hollande le 11 juillet, Nicolas Sakozy est le président qui a atteint quelques records, dont celui de la dette publique qui a atteint 85% de la richesse nationale. Son bilan c’est le doublement de la dette. Selon la Cour des comptes, la crise ne pèse que pour un tiers dans ce triste résultat. Raison pour laquelle, depuis plusieurs mois, Nicolas Sarkozy réfléchit à la façon de transformer un échec patent en argument de campagne. La solution, il pense l’avoir trouvée avec le débat autour de l’adoption d’une « règle d’or ». Etant le président des déficits, il souhaite apparaître comme le président de la « remise en ordre des comptes publics », comme il vient de l’écrire dans sa lettre aux parlementaires. C’est là sa première mystification.
En Allemagne, la “règle d’or” allemande a consisté à inscrire dans la Constitution un plafond contraignant pour son déficit structurel à horizon 2016. Dans le projet de Nicolas Sarkozy, rien de tout cela. Le projet se limite au renforcement des obligations de transparence du gouvernement en obligeant la discussion d’une loi de programmation triennale (mais révisable chaque année). C’est sa seconde mystification.
Prudent, le texte présenté par le gouvernement ne sera applicable qu’à la majorité issue des urnes de 2012… C’est sa troisième mystification.
Depuis le début de la discussion parlementaire, le président de la République sait qu’il ne dispose pas de la majorité des 3/5ème dans les deux chambres pour faire voter son projet. Cette majorité sera encore plus introuvable après les élections sénatoriales de septembre. Son objectif est moins de faire adopter son texte que d’exposer sa pseudo vertu. C’est sa quatrième mystification.
La force de Nicolas Sarkozy, c’est sa capacité à simplifier le débat médiatique : pour ou contre la règle d’or ? Pour ou contre la réduction de la dette publique ? Alors que le débat devrait porter sur les conditions de réduction du déficit. Le sujet est en réalité la suppression des niches fiscales et des privilèges fiscaux versus l’augmentation des impôts et des taxes pour les classes populaire et moyenne. Pas l’écriture de quelques lignes dans la constitution.
Dans l’ancien testament les hébreux après s’être enfui d’Egypte, se mirent à adorer un veau d’or, à l’imitation du taureau Apis, qu’adoraient leurs anciens maîtres. Moïse les ramena à la « vraie foi » en les adjurant de renoncer à cette idole. Aujourd’hui ce n’est pas de l’édification d’un nouveau veau d’or constitutionnel que les Français ont besoin mais d’un président qui lutte – avec justice – contre ces déficits qui plombent notre avenir.
Lundi 18 juillet. Il est un peu moins de minuit. Mon téléphone sonne. Mon correspondant, très contrarié, m’annonce la Une du Figaro du lendemain.
Sur la première page s’étale en lettres blanches sur photo couleur un titre qui tente de faire la part belle au sensationnel : AFFAIRE BANON-DSK, FRANCOIS HOLLANDE VA ETRE ENTENDU.
Bigre ! La Une pour un accusé innocent, cela peut arriver, mais la réservation de la manchette pour annoncer l’audition d’un témoin secondaire, relève moins de la liberté d’informer que de la volonté de nuire.
Le journal de Serge Dassault s’est fait une nouvelle spécialité de Unes aussi « trash » qu’approximatives (voir post DSK saison 2). Les journalistes du Figaro se plaignent discrètement de ces choix de titraille qu’ils subissent. L’article lui-même n’apporte rien que nous ne connaissions déjà.
J’appelle François qui vient de rentrer de Nice. Je l’informe et lui raconte ma discussion avec mon correspondant (dont chacun comprendra qu’il souhaite demeurer anonyme) : “Qui dispose de ces informations alors que nous sommes dans le cadre d’une enquête préliminaire et que les policiers travaillent sous le contrôle du seul parquet ” ? En posant cette question mon interlocuteur suggère de dénoncer l’instrumentalisation d’une procédure judiciaire à des fins politiques transparentes. Les fuites font état d’une convocation en septembre, c’est-à-dire dans la dernière ligne droite avant le scrutin des primaires socialistes…. Faut-il sortir les trompettes et faire donner l’assaut, dénoncer le trajet trop clair de la Chancellerie vers le grand quotidien de la droite française ?
François me laisse parler. Il me demande mon avis. Je lui donne. Sa voix ne laisse apparaître aucune exaspération. Juste peut-être une pointe de lassitude. Il a tranché. Ne pas répondre à la grossièreté par une polémique. Mais comment résister à cette spirale infernale qui, progressivement, substitue les débats de prétoires au débat politique? Parfait connaisseur des cycles médiatiques, François sait déjà que sa journée du lendemain sera une journée blanche. Une journée foutue. Parasitée par la reprise du Figaro. Une journée au cours de laquelle il n’aura d’autre choix que de répondre des suites d’un échange – 8 ans plus tôt – lorsqu’il était premier secrétaire du PS.
A Dijon où il se rendait, les micros se sont tendus comme prévu pour évoquer la question du jour. François Hollande a répondu « ça suffit », qu’il se rendrait à la convocation des policiers, et que le plus tôt serait le mieux.
Que lui demanderont-ils alors ? Que pourra-t-il leur répondre sans risque de se répéter ? Un premier secrétaire n’est pas un magistrat, un confesseur, un psychiatre, un policier. De la vérité, il n’est pas juge. Il n’en a ni les moyens ni la fonction. Il ne peut offrir que sa propre humanité. Ce qu’il fit. Cela vaudrait peut-être la Une du Figaro…